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A côté des animaux, des êtres humains…
« L’animalisme est un anti-humanisme », de Jean-Pierre Digart

Pour Jean-Pierre Digard la montée de l’animalisme [1] a pour toile de fond « la lente érosion des valeurs humanistes sous la pression conjuguée du capitalisme triomphant et des idéologies post-modernistes », ainsi que la prépondérance acquise par le modèle des « animaux de compagnies ». Il reconnaît toutefois une différence de degré entre la voix qui défend les animaux comme « objet de droit, envers lesquels l’homme aurait des devoirs (de protection, de bienveillance, etc) et une voix nouvelle qui prône de faire des animaux, à l’instar des personnes, des sujets de droits » [2].

À l’opposé de ceux qui considèrent l’élevage comme « une catastrophe écologique et sanitaire », Jean-Pierre Digard énumère de nombreux arguments en sa faveur, en valorisant le rôle des surface herbagées où paissent les herbivores domestiques : rôle dans la captation de carbone (« 65 tonnes par hectare pour une prairie bien gérée en climat tempéré, ce qui compense largement les émissions de méthane » [3]) ; dans l’enrichissement des sols en matière organique « contribuant ainsi à la biodiversité végétale et animale » ; lutte contre les incendies ; réduction des carences liée à une consommation insuffisante de viande (zinc, fer, phosphore, vitamines B12, B3, B6, B1...), etc. Nul doute que ces différents arguments seront passés au crible de la critique, au moins les lecteurs seront-ils méfiants devant les raisonnements à l’emporte-pièce contre l’élevage [4].

Cela ne l’amène pas à idéaliser la situation actuelle des animaux d’élevage. Au contraire, « certains contextes ou techniques d’élevage engendrés par la concurrence internationale et la recherche de prix bas sont en contradiction flagrante avec les normes européennes de traitement des animaux ». L’auteur fait écho à Jocelyne Porcher, qui constate dans Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIeme siècle qu’« après 30 ans de recherche et de mobilisation autour du bien être animal, les conditions de vie au travail des animaux ne se sont pas améliorées, elles se sont même considérablement aggravées », et en conclut qu’il faut plutôt agir pour d’autres méthodes d’élevage.

Jean-Pierre Digard se demande quel serait le sort des milliards d’animaux domestiques si l’idéal animaliste de « libération animale » l’emportait. D’ailleurs, là où les nationalistes hindous du BJP, à la tête de l’Etat du Rajastan, ont décrété le dromadaire animal d’Etat et créé « tellement d’obstacles pour les éleveurs de cet animal et pour les consommateur de son lait et de sa viande », cela « risque au contraire d’entrainer sa disparition » ; mais dans cette affaire, le dromadaire est en fait le moyen d’un combat contre des musulmans. La cause animale peut cacher un conflit entre êtres humains.

Pour l’auteur, les animalistes ou antispécistes diabolisent l’être humain à tel point que « l’antispécisme s’est mué en un espècisme anti-humain, en un anti-humanisme » [5].

Ce petit livre stimule la réflexion et a le mérite d’inviter à réintroduire dans le débat sur le bien-être animal les éleveurs, dont « l’attitude vis-à-vis des animaux est capitale ».

Eric Le Lann

L’animalisme est un anti-humanisme. Jean-Pierre Digard. CNRS éditions. 14 euros

A lire également sur le site :
-  Statut des animaux, ce qu’en disait La Fontaine

Et sur le site de l’Humanité, un entretien avec Jean-Pierre Digard : https://www.humanite.fr/respecter-les-animaux-cest-dabord-respecter-leurs-differences-662208

Notes :

[1] L’auteur note que le monde de la protection animale est très divers : 280 associations, qui vont des Amis des tourteaux au Parti animaliste

[2] En l’occurrence, il y aurait toujours des personnes derrière ces sujets, pour se faire entendre en justice au nom des animaux..

[3] La source n’est pas mentionnée

[4] On apprends au passage que la domestication a sauvé du réchauffement climatique de l’holocène (vers 8000 avant JC) l’espèce equus przewalski, et ainsi toutes les races de cheval qui en descendent ; au moins une espèce sauvée par l’homme...

[5] Sur l’antispécisme, c’est à-dire le refus de faire une distinction entre les espèces, mot calqué sur l’antiracisme, Jean-Pierre Digard met en cause ce parallèle : alors que pour l’espèce humaine les races n’ont pas de fondement, les espèces « existent bel et bien et ont un contenu biologique »


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