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Chez EURENCO, on nettoie, dans Paris, on festoie
Chronique indignée de Roger Martin

Il m’arrive d’avoir des bouffées d’indignation qui me donnent envie de prendre une kalachnikov, ce qui, j’en conviens, n’est pas une solution aux yeux de quelqu’un qui croit à l’action collective des travailleurs (d’autant que l’adversaire, devenu carrément l’ennemi, dispose d’armes nettement plus persuasives et qu’on n’a pas encore trouvé le moyen de cacher un AMX 15 dans son jardin !)

J’étais il y a quelques jours, avec plusieurs de mes camarades de la section Oswald Calvetti du Parti Communiste, devant les portes de l’entreprise Eurenco, communément appelée la Poudrière, où, une nouvelle fois (elle s’y essaie à intervalles réguliers) la direction manifestait sa ferme intention de se débarrasser définitivement d’un délégué CGT.

La situation, cette fois, était ubuesque. L’accusé, Alain Bottgen, était accusé d’avoir sciemment bafoué les consignes sanitaires mises en œuvre par la direction dans le cadre de la lutte contre le Covid. Il serait (chez Eurenco, la délation est une vertu cardinale) coupable d’avoir bu un café à la porte de la salle de pause de l’hexogène alors que deux salariés, la jauge autorisée, se trouvaient déjà dans ce local.

Incroyable ! Le criminel en question a une telle envie que ses camarades de travail soient contaminés par le Covid qu’alors que la direction refusait à l’apparition du virus de fermer les locaux le temps de désinfecter et, la fermeture effectuée et la reprise démarrée, n’a pas été capable de fournir à l’ensemble des salariés des masques homologués efficaces, certains ayant reçu des masques FFP2 et d’autres des morceaux de tissu moisi, il avait avec ses camarades de la CGT dénoncé vigoureusement le laxisme de la direction.

Situation ubuesque, ai-je écrit plus haut, puisque si la réunion du Comité Social et Économique où était exposée la demande de licenciement de la direction d’Eurenco, répartie sur trois salles attenantes, respectait les conditions sanitaires, la demande de la CGT , soutenue par FO mais pas par la CFDT, d’un vote à main levée, ayant été refusée, le vote allait se dérouler à bulletins secrets dans un local, la salle Rivière, dont la jauge était de 9 personnes. En demandant aux élus présents dans les autres salles de se déplacer un par un pour venir y voter, la direction a organisé, à six reprises, la violation des règles anti Covid qu’elle avait elle-même mises en place puisqu’en ces six occasions, ce ne sont plus 9 personnes qui se trouvaient là mais 10 !

On aimerait vraiment savoir si la direction nationale du groupe Eurenco a pour autant entamé une procédure de licenciement de ses responsables locaux ?

Le résultat du vote, 10 avis défavorables, en accord avec la position des syndicats CGT et FO, et 1 abstention (un mystère qui n’en est pas un), aurait dû faire comprendre à la direction qu’il faut reconnaître lorsqu’on a raté son coup. Que nenni, loin de retirer sa demande de licenciement, elle la maintient en demandant l’avis de l’inspection du travail !

Mais quel rapport avec Paris ?

Vous allez comprendre rapidement. L’écrivain Didier Daeninckx, que les lecteurs de Rouge Cerise connaissent bien, m’a fait parvenir un long article publié samedi 23 janvier dans Aujourd’hui en France. Sous le titre À la table de ces restos qui ouvrent clandestinement, deux journalistes racontent « en immersion » leur tour de tables dans divers restaurants de la capitale. Un restaurateur du XIIe « réalise 40 couverts chaque midi », un client a eu le choix « entre 19 établissements dans des arrondissements huppés », à deux pas d’un tribunal, policiers et magistrats se retrouvent à l’abri d’un rideau de fer. Quant aux clients, outre la police et la magistrature et des personnalités de l’immobilier, on trouve des « financiers » qui « n’en peuvent plus de manger des sandwiches » ou apprécient de « manger le plat d’un chef ». Surprise, il n’est pas interdit de fumer ! En revanche, la « règle du gel et des masques » semble bien prise à la légère !

Parfum d’aventure, on rentre par « une entrée de service non verrouillée », on gagne « une arrière-salle », on passe par une « conciergerie de luxe » et on frissonne en se répétant le mot « clandestin ». Il est vrai qu’il écœure moins qu’un autre. Car, j’oubliais, tous ces gens sont des « Résistants » !

Pendant la Guerre de 1870, lorsque le peuple parisien bouffait de la vache enragée, des privilégiés, dont les frères Goncourt, qui vomiront sur la Commune peu après, faisaient bombance dans des restaurants soigneusement fermés à la racaille…

On me pardonnera, pour en finir avec l’immonde, de pasticher ici le grand Hugo et son Ruy Blas :

Bon appétit, Messieurs – ô ministres intègres !

Magistrats vertueux ! Commissaires,

Politiques, artistes, hommes d’affaires,

Vous qui n’avez pas honte et qui choisissez l’heure,

Où vos concitoyens subissent le malheur

Pour remplir votre ventre, et rincer vos gosiers !


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