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Colonialisme, migrations, racisme d’État
Par Roger Hillel

Ces trois fléaux sont les conséquences des politiques de puissance des États du monde blanc occidental. Du temps des colonies, le « sauvage » devait se soumettre ou mourir. Aujourd’hui, le « sauvage » est un Français non blanc ou un migrant. Face au pouvoir qui le somme d’accepter son statut de dominé, il se rebelle.

La France en a été continûment un des protagonistes. Pour asseoir son impérialisme économique, elle a colonisé de multiples territoires par le fer, le feu et le sang. La traite négrière et l’esclavage ont été organisés à cet effet. Pour couvrir ses méfaits prédateurs et spoliateurs, elle a prétexté d’une soi-disant « mission civilisatrice » chargée de libérer des populations arriérées, forcément non blanches. La colonisation accomplie, l’État français n’aura eu de cesse que d’en vanter les bienfaits. A Perpignan, cette glorification de « l’œuvre française » en Algérie, de 1870 à 1962, a pris la forme caricaturale et mensongère du Centre de documentation des Français d’Algérie.

Violence et racisme d’État

Ici se situe la racine historique du racisme qui va abîmer durablement et jusqu’à aujourd’hui les rapports entre les Français blancs, symbolisant les dominants, et les Français non blancs, symbolisant les dominés. Pour sanctuariser ce rapport de domination, l’État n’a jamais hésité à faire appel à la violence institutionnalisée qu’il qualifie de « légitime ». Cette violence a été l’instrument essentiel par lequel la France a tenu sous son joug les populations des territoires colonisés. Le cas de l’Algérie en est la pire des illustrations. Durant la longue séquence, 1870-1962, de présence française, c’est l’armée qui s’est vue confier l’usage de cette violence. Dans le même temps, pour maintenir sous sa férule les populations « nord-africaines » installées en métropole, c’est la police qui en a usé en toute impunité. Le 17 octobre 1961 a été le moment culminant de cette violence, avec, à Paris, la répression sanglante, provoquant des dizaines de morts, de la manifestation pacifique de centaines d’Algérien.ne.s qui protestaient contre le couvre-feu qui leur était imposé. Ici se situe l’origine du racisme d’État dont aujourd’hui les Français.es d’ascendance maghrébine, pour la plupart descendants d’immigré.e.s, sont les victimes, de même que les Français originaires des territoire ultramarins. C’est l’occasion de redire ici que le racisme ne se réduit pas à une xénophobie, une peur de l’autre, réductible à une soi-disant nature humaine. Pour le combattre efficacement il faut lui donner sa pleine qualification politique.

Continuité des politiques racistes

Il en va de même avec la question des migrant.e.s-réfugié.e.s. Les migrations, phénomène multi séculaire, sont aujourd’hui provoquées, pour l’essentiel, par les guerres, les conflits ethniques et les famines, autant de fléaux dont les puissances impérialistes sont, en dernier ressort, responsables. L’Occident voit dans ces migrations forcées une menace et pour les juguler il fait appel à toute la panoplie de la violence d’État. Il s’agit d’abord d’empêcher les migrant.e.s d’accéder à ses frontières et de les franchir. Simultanément, pour celles et ceux qui y seraient parvenus, il mobilise l’arsenal répressif classique : contrôle au faciès, enfermement. expulsion. Heureusement, en France particulièrement, les combats de longue date pour la défense des étrangers, immigrés ou réfugiés, ont partiellement contrecarré l’application généralisée de ces pratiques. Les luttes pour la défense des droits humains ont contraint les pouvoirs publics à lâcher du lest, certes dans des limites étroites qui dépendent beaucoup de la conjoncture politique. Ainsi en est-il du droit d’asile qui n’est pas systématiquement rejeté, de l’accès aux soins qui ne souffre que de rares exceptions, de celui à la scolarisation qui est quasiment automatique, des régularisations dont bénéficient des sans-papiers, même si elles ne sont accordées qu’au compte goutte.

Les « sauvages » se rebellent

Ces considérations montrent, s’il en était encore besoin, qu’il y a bien une cohérence dans le traitement par le pouvoir politico-étatique des questions touchant au colonialisme et aux migrations. En filigrane, il révèle un racisme structurel né de son obsession d’une civilisation éclairée, apanage des blancs, en aplomb de civilisations taxées de non abouties malgré les efforts déployés pendant des siècle par la mission civilisatrice de l’Occident. Ce n’est pas par hasard si le ministre de l’Intérieur utilise le terme « ensauvagement » pour fustiger les Français non blancs qui osent défier le pouvoir. Et qu’évoque le sauvage si ce n’est le noir ou l’arabe omniprésent dans l’imagerie raciste. Macron préfère discourir sur le « séparatisme ». Le propos semble plus élevé. Mais qui cible-t-il si ce n’est les mêmes « sauvages » dont Darmanin n’admet pas qu’ils puissent revendiquer leur diversité et leur spécificité sans être accusés de menacer la République. Du temps des colonies, le « sauvage » devait se soumettre ou mourir. Aujourd’hui, le pouvoir ne lui propose d’autre alternative que d’accepter son statut de dominé. Ici se situe la cause profonde de sa rébellion.

15 septembre 2020


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