« Réaffirmer la souveraineté nationale sur les Iles Eparses », telle est la proposition qui figure dans le programme de La France insoumise (voir le site Melenchon 2027).
Les iles Eparses, c’est le nom que l’on donne en France à un ensemble d’iles et d’archipels situés tout autour de Madagascar. En 1960, au moment où Madagascar a acquis son indépendance, le pouvoir gaulliste a arbitrairement détaché ces iles de Madagascar pour les maintenir sous la souveraineté de la France [1]. Depuis les Malgaches n’ont cessé de réclamer la restitution de ces territoires. L’assemblée générale de l’ONU, en 1979, s’est clairement prononcé en ce sens.
Mais la France s’acharne à s’opposer à cette restitution. Emmanuel Macron a été narguer l’Etat malgache en 2019 en se rendant sur place pour y réaffirmer la souveraineté française. Il a même proclamé que ces iles sont une réserve naturelle, défiant le droit de Madagascar à décider de l’utilisation ou non des richesses qu’elles pourraient contenir.
L’affaire n’est pas anodine pour les Malgaches : ces iles disposent d’une Zone économique exclusive (ZEE) de 636 000 km², donc plus vaste que le territoire de la France, répartie sur plus de la moitié du canal du Mozambique qui sépare Madagascar du continent africain. Selon plusieurs études, la zone renfermerait des réserves inexplorées de gaz et d’hydrocarbures. La US Geological Survey les évaluait à 12 milliards de barils pour le pétrole et 5 milliards de mètres cubes pour le gaz (2012). Les présomptions sur la présence de réserves fossiles dans la région datent du début du siècle dernier, mais les difficultés d’accès ont refréné pendant longtemps les velléités d’exploration. A la suite de la visite d’Emmanuel Macron, par la voix d’Elisabeth Borne, le gouvernement français avait annoncé le 20 février 2020 qu’il avait refusé "de prolonger le permis exclusif de recherches en mer Juan de Nova Maritime Profond, situé au large des îles Eparses" (informations données sur le site de France Info), répondant par là à une autre proposition exprimée par La France insoumise : celle « d’annuler les permis d’exploitation pétrolière » en question.
Il s’agit donc de priver à tout prix Madagascar, l’un des pays les plus pauvres de la planète, de l’espoir de sortir de la pauvreté par l’exploitation de ses ressources potentielles. Quitte à envoyer des navires si besoin, « réaffirmer la souveraineté nationale » ?
Cette position est d’autant plus scandaleuse que la France continue d’importer massivement du pétrole et du gaz des Etats-Unis, le pays qui a saboté toutes les réponses de la communauté internationale au changement climatique depuis la convention de Rio sur le climat, en 1992 et qui est devenu le premier producteur mondial et exportateur d’hydrocarbures, avant même le mandat de Trump. Rappelons au passage que parmi les principes énoncés dans la convention de Rio, figure celui de « responsabilités communes mais différenciées », pour préserver le droit des pays pauvres au développement. En clair, l’esprit de la convention de Rio est qu’on ne doit pas mettre sur le même plan Madagascar et les Etats-Unis quant aux réponses au changement climatique. Rappelons que la principale source d’énergie à laquelle les Malgaches sont contraints de recourir aujourd’hui, c’est le bois, avec des conséquences dramatiques pour la santé due à sa combustion et avec la déforestation massive que cela entraine.
Relevons que la proposition de LFI/Melenchon sur les iles Eparses figure au chapitre : « Les Outre-mer, fer de lance d’une diplomatie altermondialiste ». Drôle d’altermondialisme que celui qui consiste à refuser de restituer à Madagascar, l’un des pays les plus pauvres du monde, la souveraineté sur un territoire de 636 000 km² qui lui a été subtilisé lors de l’accès à l’indépendance ! A ce compte-là Macron est un fervent altermondialiste !
A l’opposé des positions d’Emmanuel Macron reprises par Jean-Luc Melenchon dans son programme, il est grand temps que la France reconnaisse la souveraineté de Madagascar sur les iles Eparses.
Ce texte a été publié en partie sur le site Liberté Actus :
https://liberte-actus.fr/politique/vie-politique/article/iles-eparses-melenchon-contre-madagascar
[1] L’accord sur l’indépendance de Madagascar est signé le 2 avril 1960. Or le décret séparant ces iles de Madagascar est publié au JO du 14 juin 1960. Il est pourtant officiellement daté du 1er avril, soit deux mois et demi plus tôt ! Il n’y a pas d’autres cas d’un tel retard de publication à cette époque. A l’évidence c’est une manipulation pour qu’il n’apparaisse pas comme postérieur à l’accord d’indépendance.
L’acte officiel de prise de possession auquel il est fait référence dans ce décret stipule que c’est en vertu de la loi de colonisation de Madagascar que s’effectue la prise de possession des îles Juan-de-Nova, Bassas-da-India et Europa : « En exécution de la loi du 6 août 1896, notifiée aux puissances et déclarant colonies françaises Madagascar et ses dépendances, le pavillon français a été planté sur les îles Juan-de-Nova, Bassas-da-India et Europa situées dans le canal du Mozambique » (Journal Officiel du 31 octobre 1897). La question n’était pas anodine : la souveraineté de la France sur Madagascar avait été reconnue dans un accord avec la Grande-Bretagne (5 aout 1890). En rattachant ces îles à Madagascar, la France se gardait de toute contestation de souveraineté, dans un contexte de rivalités entre puissances colonialistes. Il est donc paradoxal de voir de nos jours la France justifier sa position en prétendant que ces iles n’ont rien à voir avec Madagascar ! Pour les Iles glorieuses, après la prise de possession l’exploitation des ressources avait été confiée à la Société française des îles malgaches. Pourtant, depuis le 14 juin 1960, la France décrète que ces iles ne sont plus des "iles malgaches" !