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La Chine s’est-elle tournée vers le capitalisme ? Réflexions sur la transition du capitalisme au socialisme
Un texte inédit de Domenico Losurdo

La Russie soviétique et les différentes expériences du post-capitalisme

Aujourd’hui, il est courant de parler d’une restauration du capitalisme en Chine comme conséquence des réformes de Deng Xiaoping. Mais sur quelle base repose ce jugement ? Existe-t-il une vision plus ou moins cohérente du socialisme que l’on pourrait opposer à la réalité des rapports socio-économiques actuels en Chine ? Jetons un rapide coup d’œil à l’histoire des tentatives de construction d’une société post-capitaliste. Si l’on analyse les quinze premières années de la Russie soviétique, on voit se succéder rapidement le communisme de guerre, puis la Nouvelle politique économique (NEP), et enfin la collectivisation complète de l’économie, y compris de l’agriculture. Il s’agissait de trois expériences totalement différentes, mais chacune d’entre elles représentait une tentative de construire une société post-capitaliste. Pourquoi alors faudrait-il être surpris que, durant les plus de quatre-vingts années qui ont suivi ces expériences, d’autres variantes comme le socialisme de marché et le socialisme chinois soient apparues ?

Concentrons-nous pour l’instant sur la Russie soviétique : laquelle de ces trois expériences se rapproche le plus du socialisme défendu par Marx et Engels ? Le communisme de guerre fut salué par le fervent catholique français Pierre Pascal, alors à Moscou, comme une « expérience unique et enivrante […] Les riches ont disparu : il n’y a plus que les pauvres et les très pauvres […] les hauts et les bas salaires se rapprochent. Le droit de propriété est réduit aux effets personnels. » [1]

Cet auteur interprétait la pauvreté et les privations généralisées non comme une misère causée par la guerre, qu’il fallait surmonter le plus rapidement possible, mais comme une condition de pureté et d’excellence morale, à condition qu’elles soient réparties de manière relativement égalitaire. À ses yeux, au contraire, l’abondance et la richesse étaient des péchés. Il s’agit d’une vision que l’on peut qualifier de populiste, et qui fut critiquée avec précision dans le Manifeste du Parti communiste : il n’y a « rien de plus facile que de donner à l’ascétisme chrétien une couche de peinture socialiste » ; les « premiers mouvements du prolétariat » comportent souvent des revendications au nom d’un « ascétisme universel et d’un égalitarisme grossier ». [2]

L’orientation de Lénine était à l’opposé de celle de Pascal. Il était loin de considérer que le socialisme devait être la collectivisation de la pauvreté ou une répartition plus ou moins égalitaire des privations. En octobre 1920, dans Les tâches des associations de jeunesse, Lénine déclarait : « Nous voulons transformer la Russie d’un pays pauvre et misérable en un pays riche. » Pour cela, le pays devait d’abord être modernisé et électrifié ; il fallait donc un « travail organisé », un « travail conscient et discipliné », surmontant l’anarchie dans les lieux de travail, grâce à l’assimilation méthodique des « dernières réalisations techniques », si nécessaire en les important des pays capitalistes les plus avancés. [3]

Quelques années plus tard, la NEP succéda au communisme de guerre. Il était essentiel de surmonter l’extrême pauvreté et la famine qui avaient suivi la catastrophe de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile, afin de relancer l’économie et de développer les forces productives. Cela était nécessaire non seulement pour améliorer les conditions de vie du peuple et élargir la base sociale du pouvoir révolutionnaire, mais aussi pour éviter que le retard économique de la Russie par rapport aux pays capitalistes avancés ne s’aggrave davantage, ce qui aurait pu menacer la sécurité nationale du pays issu de la Révolution d’Octobre, déjà encerclé par les puissances capitalistes.

Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement soviétique fit également appel à l’initiative privée et à une partie (limitée) de l’économie capitaliste ; il employa des spécialistes « bourgeois » généreusement rémunérés et chercha à attirer des technologies avancées et des capitaux occidentaux en garantissant des rendements attractifs. La NEP donna des résultats positifs : la production redémarra et un certain développement des forces productives commença à avoir lieu. Dans l’ensemble, la situation en Russie soviétique s’améliora nettement : sur le plan international, le retard de développement de la Russie commença à diminuer par rapport aux pays capitalistes prospères ; à l’intérieur du pays, les conditions de vie des masses s’améliorèrent considérablement. Mais précisément parce que la richesse sociale augmenta, il n’y eut plus seulement « les pauvres et les très pauvres » célébrés par Pierre Pascal durant le communisme de guerre : la famine disparut, mais les inégalités sociales augmentèrent.

Ces inégalités provoquèrent en Russie soviétique un sentiment intense et généralisé de trahison des idéaux originels. Pierre Pascal ne fut pas le seul à vouloir quitter le Parti communiste soviétique ; des dizaines de milliers d’ouvriers bolcheviks déchirèrent leurs cartes du parti avec dégoût face à la NEP, qu’ils rebaptisèrent « Nouvelle Extorsion du Prolétariat ». Dans les années 1940, un militant de base décrivit très judicieusement l’atmosphère spirituelle qui régnait immédiatement après la Révolution d’Octobre — une atmosphère née de l’horreur de la guerre provoquée par la concurrence impérialiste pour le pillage des colonies, la conquête des marchés et l’accès aux matières premières, ainsi que par la recherche capitaliste du profit et du surprofit :

« Nous, jeunes communistes, avions tous grandi dans la conviction que l’argent avait disparu pour toujours. […] Si l’argent réapparaissait, les riches ne réapparaîtraient-ils pas eux aussi ? N’étions-nous pas engagés sur une pente glissante menant de nouveau au capitalisme ? » [4]

On comprend ainsi le scandale et le profond dégoût suscités par le marché et l’économie marchande lors de l’introduction de la NEP. Ce fut surtout la menace croissante de guerre qui entraîna l’abandon de la NEP et l’élimination de toute trace d’économie privée. La collectivisation massive de l’agriculture provoqua une guerre civile menée sans pitié par les deux camps. Pourtant, après cette terrible tragédie, l’économie soviétique sembla connaître un essor remarquable : le développement rapide de l’industrie moderne s’accompagna de la construction d’un État-providence garantissant des droits économiques et sociaux sans précédent. Cependant, ce modèle entra en crise après quelques décennies. Avec le passage des grandes crises historiques à une période plus « normale » (de « coexistence pacifique »), l’enthousiasme et l’engagement des masses dans la production et le travail diminuèrent progressivement puis disparurent. Dans les dernières années de son existence, l’Union soviétique fut caractérisée par un absentéisme massif et un désengagement dans les lieux de travail : non seulement le développement de la production stagna, mais le principe que Marx considérait comme fondamental au socialisme — la rémunération selon la quantité et la qualité du travail fourni — cessa pratiquement d’être appliqué.

On pourrait dire que, dans la phase finale de la société soviétique, la dialectique de la société capitaliste décrite par Marx dans Misère de la philosophie s’était inversée :

« Tandis qu’à l’intérieur de la manufacture moderne la division du travail est minutieusement réglée par l’autorité de l’entrepreneur, la société moderne ne possède d’autre règle ou autorité pour répartir le travail que la libre concurrence. […] On peut établir comme principe général que moins l’autorité préside à la division du travail dans la société, plus la division du travail se développe dans l’usine et plus elle est soumise à l’autorité d’un seul homme. Ainsi, l’autorité dans l’usine et dans la société sont en raison inverse l’une de l’autre. » [5]

Dans les dernières années de l’Union soviétique, le contrôle étroit exercé par le pouvoir politique sur la société civile coexistait avec une forte anarchie dans les lieux de travail. C’était l’inversion de la dialectique de la société capitaliste, mais le renversement de la dialectique de la société capitaliste n’était pas le socialisme ; il produisit donc un ordre économique faible, incapable de résister aux offensives idéologiques et politiques du monde capitaliste-impérialiste.

La particularité de l’expérience chinoise

L’histoire de la Chine est différente. Bien que le Parti communiste chinois ait pris le pouvoir au niveau national en 1949, il exerçait déjà son autorité, vingt ans auparavant, dans certaines régions dont la taille et la population étaient comparables à celles d’un pays européen de petite ou moyenne taille. Pendant une grande partie de ces 85 années de pouvoir, la Chine — partiellement ou totalement gouvernée par les communistes — fut caractérisée par la coexistence de différentes formes d’économie et de propriété.

Edgar Snow décrivait ainsi la situation à la fin des années 1930 dans les zones « libérées » :

« Pour garantir le succès de ces tâches, les Rouges durent, dès les premiers jours, entreprendre une certaine forme de construction économique. […] L’économie soviétique du Nord-Ouest était un curieux mélange de capitalisme privé, de capitalisme d’État et de socialisme primitif. L’entreprise privée et l’industrie étaient autorisées et encouragées, et les transactions privées concernant la terre et ses produits étaient permises avec certaines restrictions. En même temps, l’État possédait et exploitait des entreprises telles que des puits de pétrole, des salines et des mines de charbon, et commerçait le bétail, les peaux, le sel, la laine, le coton, le papier et d’autres matières premières. Mais il n’établissait pas de monopole sur ces produits et les entreprises privées pouvaient, dans une certaine mesure, leur faire concurrence. Une troisième forme d’économie fut créée par l’établissement de coopératives, dans lesquelles le gouvernement et les masses participaient comme partenaires, en concurrence non seulement avec le capitalisme privé mais aussi avec le capitalisme d’État ! » [6]

Cette description est confirmée par des historiens modernes : à Yan’an, ville où Mao Zedong dirigeait la lutte contre l’impérialisme japonais et promouvait la construction d’une Chine nouvelle, le Parti communiste chinois ne prétendait pas « contrôler l’ensemble de l’économie de la base révolutionnaire ». Il supervisait plutôt une « importante économie privée », qui comprenait même « de grandes propriétés foncières privées ». [7]

Dans un essai de janvier 1940 (« De la démocratie nouvelle »), Mao Zedong clarifie le sens de la révolution qui se déroule alors :

« Bien qu’une telle révolution dans un pays colonial ou semi-colonial demeure encore fondamentalement bourgeoise-démocratique dans son caractère social durant sa première étape ou son premier stade, et bien que sa mission objective soit d’ouvrir la voie au développement du capitalisme, elle n’est plus une révolution de l’ancien type dirigée par la bourgeoisie dans le but d’établir une société capitaliste et un État sous dictature bourgeoise. Elle appartient au nouveau type de révolution dirigée par le prolétariat, ayant pour objectif, dans une première étape, d’établir une société de démocratie nouvelle et un État sous la dictature conjointe de toutes les classes révolutionnaires. Ainsi, cette révolution sert en réalité à ouvrir une voie encore plus large au développement du socialisme. » [8]

Il s’agissait d’un modèle caractérisé, au niveau économique, par la coexistence de différentes formes de propriété ; au niveau du pouvoir politique, par une dictature exercée par les « classes révolutionnaires » ainsi que par la direction du Parti communiste chinois. Ce schéma est confirmé 17 ans plus tard, bien qu’entre-temps la République populaire de Chine ait été fondée, dans un discours du 18 janvier 1957 (« Entretiens lors d’une conférence des secrétaires des comités du Parti des provinces, municipalités et régions autonomes ») :

« Quant à l’accusation selon laquelle notre politique urbaine aurait dévié vers la droite, cela semble être le cas puisque nous nous sommes engagés à prendre en charge les capitalistes et à leur verser un taux d’intérêt fixe pendant une période de sept ans. Que faudra-t-il faire après ces sept années ? Cela sera décidé selon les circonstances qui prévaudront alors. Il vaut mieux laisser la question ouverte, c’est-à-dire continuer à leur verser un certain montant sous forme d’intérêt fixe. À ce faible coût, nous achetons cette classe. […] En achetant cette classe, nous l’avons privée de son capital politique et nous lui avons fermé la bouche. […] Ainsi, le capital politique ne sera pas entre leurs mains mais entre les nôtres. Nous devons les priver de chaque parcelle de leur capital politique et continuer jusqu’à ce qu’il ne leur en reste plus rien. Par conséquent, on ne peut pas non plus dire que notre politique urbaine ait dévié vers la droite. » [9]

Il s’agit donc de distinguer entre l’expropriation économique et l’expropriation politique de la bourgeoisie. Seule cette dernière doit être menée jusqu’au bout, tandis que la première, si elle n’est pas contenue dans des limites claires, risque de compromettre le développement des forces productives. Contrairement au « capital politique », le capital économique de la bourgeoisie ne doit pas être totalement exproprié, du moins tant qu’il sert au développement de l’économie nationale et, indirectement, à la cause du socialisme.

Après son essor dans la seconde moitié des années 1920, ce modèle a révélé une remarquable continuité et offert une grande vitalité économique avant 1949 dans les zones « libérées » gouvernées par les communistes, puis dans l’ensemble de la République populaire de Chine. Le moment critique survint avec le Grand Bond en avant de 1958-1959 et avec la Révolution culturelle déclenchée en 1966. La coexistence des différentes formes de propriété et l’usage des incitations matérielles furent radicalement remis en question. On nourrissait l’illusion d’accélérer le développement économique grâce à des appels à la mobilisation et à l’enthousiasme des masses, mais cette approche et ces tentatives échouèrent lamentablement. De plus, la lutte de tous contre tous accentua l’anarchie dans les usines et les sites de production.

Cette anarchie était si répandue et profondément enracinée qu’elle ne disparut pas immédiatement avec les réformes introduites par Deng Xiaoping. Pendant un certain temps, des habitudes persistèrent dans le secteur public, comme le décrivit un témoin et universitaire occidental : « même le dernier des employés […], s’il le veut, peut décider de ne rien faire, rester chez lui pendant un ou deux ans et recevoir malgré tout son salaire à la fin du mois. » La « culture de la paresse » infecta également le secteur privé en expansion. « Les anciens employés de l’État […] arrivent en retard, lisent ensuite le journal, vont à la cantine une demi-heure trop tôt, quittent le bureau une heure avant », et ils s’absentaient souvent pour des raisons familiales, par exemple « parce que ma femme est malade ». Les cadres et techniciens qui tentaient d’introduire discipline et efficacité sur le lieu de travail devaient affronter non seulement la résistance et l’indignation morale des employés (qui considéraient comme une infamie d’infliger une amende à un ouvrier absent pour soigner sa femme), mais parfois même des menaces et des violences venant de la base. [10]

Il existait donc un paradoxe. Après s’être distinguée pendant des décennies par son histoire particulière et son engagement à stimuler la production par la concurrence non seulement entre individus mais aussi entre différentes formes de propriété, la Chine issue de la Révolution culturelle ressemblait de manière extraordinaire à l’Union soviétique dans ses dernières années d’existence : le principe socialiste de rémunération fondée sur la quantité et la qualité du travail fourni avait été pratiquement liquidé, et la désaffection, le désengagement, l’absentéisme et l’anarchie régnaient sur les lieux de travail. Avant d’être évincée du pouvoir, la « Bande des Quatre » tenta de justifier cette stagnation économique en défendant la raison populiste d’un socialisme pauvre mais beau, ce « socialisme » populiste qui, dans les premières années de la Russie soviétique, était cher à Pierre Pascal, le fervent catholique que nous connaissons déjà.

Le populisme devint alors la cible des critiques de Deng Xiaoping. Il appela les marxistes à comprendre « que la pauvreté n’est pas le socialisme, que le socialisme signifie l’élimination de la pauvreté ». Il voulait qu’une chose soit parfaitement claire : « Si vous ne développez pas les forces productives et n’élevez pas le niveau de vie de la population, vous ne pouvez pas dire que vous construisez le socialisme. » Non, « il ne peut y avoir de communisme avec le paupérisme, ni de socialisme avec le paupérisme. Donc, devenir riche n’est pas un péché. » [11]
Deng Xiaoping eut le mérite historique de comprendre que le socialisme n’avait rien à voir avec une répartition plus ou moins égalitaire de la pauvreté et des privations. Aux yeux de Marx et Engels, le socialisme était supérieur au capitalisme non seulement parce qu’il assurait une répartition plus équitable des ressources, mais aussi et surtout parce qu’il garantissait un développement plus rapide et plus égalitaire de la richesse sociale. Pour atteindre cet objectif, le socialisme stimulait la concurrence en affirmant et en mettant en pratique le principe de la rémunération selon la quantité et la qualité du travail fourni.

Les réformes de Deng Xiaoping réintroduisirent en Chine le modèle que nous connaissons déjà, tout en lui donnant une cohérence et une radicalité nouvelles. Il n’en demeure pas moins que la coexistence de différentes formes de propriété était contrebalancée par un strict contrôle de l’État dirigé par le Parti communiste chinois. Si l’on analyse l’histoire de la Chine non pas à partir de la fondation de la République populaire, mais dès la mise en place des premières zones « libérées » gouvernées par les communistes, on met en évidence que ce n’est pas la Chine des réformes de Deng Xiaoping qui constituait l’exception, mais bien la Chine des années du Grand Bond en avant et de la Révolution culturelle.

Marxisme ou populisme ? Une confrontation de longue durée

Bien au-delà des frontières de la Russie et de la Chine, au cours du XXe siècle et encore aujourd’hui, le populisme a influencé — et influence toujours négativement — la lecture des grandes révolutions qui ont radicalement transformé la face du monde. En ce sens, on peut dire qu’après avoir joué un rôle essentiel dans le XXe siècle, le conflit entre populisme et marxisme est loin d’être terminé.

Pascal condamnait l’abandon du communisme de guerre, c’est-à-dire d’une société où il n’existe « que des pauvres et des très pauvres », précisément parce qu’elle était ainsi libérée des tensions et des fractures provoquées par l’inégalité et la polarisation sociale. L’attitude adoptée à cette époque par certains chrétiens fervents à Moscou ne se trouvait pas seulement en Russie soviétique. On retrouve des traces de populisme chez le jeune Ernst Bloch. En 1918, lorsqu’il publia la première édition de L’Esprit de l’utopie, il appela les Soviets à accomplir une « transformation du pouvoir en amour » et à mettre fin non seulement à « toute économie privée », mais aussi à toute « économie monétaire » et, avec elle, aux « valeurs marchandes qui consacrent ce qu’il y a de plus mauvais chez l’homme ». [12]

Ici, la tendance populiste s’entremêlait avec le messianisme : aucune attention n’était portée à la tâche de reconstruire l’économie et de développer les forces productives dans un pays détruit par la guerre et marqué par des famines récurrentes et dévastatrices. L’horreur suscitée par le carnage de la Première Guerre mondiale nourrissait le rêve d’une communauté se satisfaisant des rares ressources matérielles disponibles et où, précisément grâce à cette pauvreté, les hommes pourraient vivre à l’abri des préoccupations liées à la richesse et au pouvoir, libérés de « l’économie monétaire » et vivant dans « l’amour ».

Lorsqu’il publia la seconde édition de L’Esprit de l’utopie en 1923, Bloch jugea approprié de supprimer les passages populistes et messianiques mentionnés plus haut. Toutefois, l’état d’esprit et la vision qui les inspiraient ne disparurent ni en Union soviétique ni ailleurs. La transition vers la NEP trouva peut-être ses critiques les plus passionnés ou sentimentaux parmi les militants et les dirigeants communistes occidentaux. À leur propos, dans le « Rapport politique » présenté au XIe congrès du Parti communiste le 27 mars 1922, Lénine écrivit avec sarcasme :

« Voyant que nous battions en retraite, certains se sont dispersés de façon enfantine et honteuse, parfois même en larmes, comme cela s’est produit lors de la dernière grande session du Comité exécutif de l’Internationale communiste. Mus par les meilleurs sentiments communistes et les aspirations communistes les plus ardentes, certains camarades ont éclaté en sanglots. » [13]

Antonio Gramsci adopta très tôt une attitude très différente, dès la Révolution d’Octobre, qu’il exprima ainsi :

« Le collectivisme de la pauvreté et de la souffrance sera le principe. Mais ces mêmes conditions de pauvreté et de souffrance seraient héritées d’un régime bourgeois. Le capitalisme n’aurait pas pu faire davantage que le collectivisme en Russie. Aujourd’hui, il ferait encore moins, car il se heurterait immédiatement à un prolétariat malheureux et frénétique, désormais incapable de supporter que d’autres endurent les douleurs et les amertumes que les difficultés économiques auraient entraînées. […] Les souffrances qui suivront la paix ne seront tolérées que parce que les travailleurs ont le sentiment qu’elles résultent de leur volonté et de leur détermination à les supprimer le plus rapidement possible. » [14]

Dans ce contexte, le communisme de guerre qui allait s’imposer en Russie soviétique était à la fois légitimé tactiquement et délégitimé stratégiquement : légitimé dans l’immédiat, délégitimé dans une perspective d’avenir. Le « collectivisme de la pauvreté et de la souffrance » se justifiait par les conditions spécifiques régnant alors en Russie : le capitalisme n’aurait pas pu faire mieux. Mais il était entendu que cette privation devait être dépassée le plus rapidement possible.

C’est précisément pour cette raison que Gramsci n’eut aucune difficulté à se reconnaître dans la NEP, dont il exposa clairement le sens dans sa prise de position d’octobre 1926 : la réalité soviétique nous plaçait devant un phénomène « jamais vu dans l’histoire ». Une classe politiquement « dominante » se retrouvait « dans son ensemble » dans des conditions de vie inférieures à celles de certains éléments et couches de la classe politiquement « dominée et dépendante ». Les masses populaires, qui continuaient à vivre dans la misère, étaient troublées par le spectacle du « nepman vêtu de fourrures et disposant de tous les biens de la terre ». Pourtant, cela ne devait provoquer ni scandale ni répulsion, car le prolétariat, incapable de conquérir le pouvoir, ne peut pas davantage le conserver s’il n’est pas capable de sacrifier ses intérêts individuels et immédiats aux « intérêts généraux et permanents de la classe ». [15] Ceux qui voyaient dans la NEP un retour au capitalisme commettaient deux erreurs graves : ils ignoraient la question de la lutte contre la pauvreté de masse et donc celle du développement des forces productives ; ils identifiaient également à tort la classe économiquement privilégiée à la classe politiquement dominante.

Une lecture de la NEP proche de celle de Gramsci fut proposée par un autre grand intellectuel du XXe siècle : Walter Benjamin. Après un voyage à Moscou en 1927, il résuma ses impressions ainsi :

« Dans une société capitaliste, pouvoir et argent sont devenus de dimension équivalente. Toute somme d’argent peut être convertie en une portion déterminée de pouvoir, et la valeur d’échange de tout pouvoir est calculable. […] L’État soviétique a interrompu cette osmose entre argent et pouvoir. Le Parti, bien sûr, se réserve le pouvoir ; mais il laisse l’argent au nepman. » [16]

Ce dernier subissait cependant une « terrible isolation sociale ». Pour Benjamin aussi, il n’existait aucune correspondance entre richesse économique et pouvoir politique. La NEP n’avait rien à voir avec une restauration du pouvoir bourgeois et capitaliste. La Russie soviétique ne pouvait éviter la reconstruction économique et le développement des forces productives. Cette tâche était rendue plus difficile par la persistance de comportements peu adaptés à une société industrielle moderne. À Moscou, Benjamin fut témoin direct d’une scène très instructive :

« Même dans la capitale russe, malgré toute la “rationalisation”, il n’existe pas de véritable sens de la valeur du temps. Le “trud”, l’Institut syndical du travail, menait au moyen d’affiches murales une campagne pour la ponctualité […] “le temps c’est de l’argent” ; pour donner crédit à ce slogan étrange, ils durent invoquer l’autorité de Lénine sur les affiches. Cette mentalité est donc étrangère aux Russes. Leur instinct ludique l’emporte sur tout […] Si, par exemple, une scène de film est tournée dans la rue, ils oublient où ils vont et pourquoi, font la queue derrière l’équipe pendant des heures et arrivent au travail étourdis. » [17]

Pascal fut lui aussi témoin des évolutions en Russie soviétique, mais il en tira une condamnation sévère : désormais, à Moscou comme dans le reste du pays, tout tournait autour de la question de savoir si « l’industrialisation devait être un peu plus rapide ou un peu plus lente », autour du problème de « comment obtenir l’argent nécessaire ». Les conséquences de cette nouvelle orientation, qui mettait de côté « toute finalité révolutionnaire », étaient désastreuses : certes, « sur le plan matériel, nous approchons de l’américanisation, d’un grand développement de la richesse nationale », mais à quel prix ? « La masse docile en devint esclave, de son travail, de son exploitation. Elle produit, il y a une reprise économique, mais la révolution est bel et bien enterrée. » [18]

Le grand écrivain autrichien Joseph Roth, qui n’était pas impliqué dans le mouvement communiste, arriva à des conclusions similaires. Lors de son séjour en Union soviétique entre septembre 1926 et janvier 1927, il exprima sa déception face à « l’américanisation » en cours : « Ils méprisent l’Amérique, c’est-à-dire le grand capitalisme sans âme ; le pays où l’or est Dieu. Mais ils admirent l’Amérique, c’est-à-dire le progrès, le fer électrique, l’hygiène et les réseaux d’eau. » Et il concluait : « C’est une Russie moderne, techniquement avancée, avec des ambitions américaines. Ce n’est plus la Russie. [19] Un « vide spirituel » s’était ouvert dans un pays qui avait initialement suscité tant d’espérances. [20]

L’inspiration populiste de ces positions était évidente : elles dénonçaient comme une trahison de l’inspiration révolutionnaire originelle et comme une dérive philistine et vulgaire le désir d’améliorer les conditions de vie et la recherche du confort — ou même d’un minimum de confort.

Comme Pascal, Roth exprimait son dégoût pour l’« américanisation » en cours. Ce furent précisément ces années où les bolcheviks s’engagèrent dans la reconstruction et le développement de l’économie en essayant d’apprendre des pays capitalistes les plus avancés, et des États-Unis en particulier. En mars-avril 1918 (« Les tâches immédiates du pouvoir soviétique »), Lénine observait que « comparé aux ouvriers des nations les plus avancées, le Russe est un mauvais travailleur » ; il devait donc « apprendre à travailler », en assimilant de manière critique les « riches conquêtes scientifiques » du « système Taylor » développé et appliqué en Amérique du Nord. [21] Dans le même esprit, Boukharine proclamait en 1923 : « Nous devons ajouter l’américanisme au marxisme. » [22] L’année suivante, Staline lança un appel significatif aux cadres bolcheviques : s’ils voulaient être réellement à la hauteur des « principes du léninisme », ils devaient chercher à unir « l’élan révolutionnaire russe » à « l’approche pratique américaine ». [23]

« Américanisme » et « approche pratique américaine » étaient ici synonymes de développement des forces productives et de sortie de la pauvreté ou de la pénurie : le socialisme n’est pas le partage égalitaire de la misère ou de la privation, mais leur dépassement définitif et généralisé.

Depuis l’extérieur de la Russie, Gramsci combattit le populisme avec une rigueur et une cohérence particulières. Comme nous l’avons vu, il souligna dès le départ la nécessité de mettre rapidement fin à ce « collectivisme de la pauvreté et de la souffrance ». Cette position politique reposait sur une vision théorique plus large. L’Ordine Nuovo (« Le Nouvel Ordre ») — l’hebdomadaire qu’il fonda dans le sillage de la Révolution d’Octobre — ainsi que le mouvement d’occupation des usines en Italie, appelaient les ouvriers révolutionnaires à lutter pour les salaires et donc pour une répartition plus équitable de la richesse sociale, mais aussi et surtout à devenir des « producteurs » prenant « le contrôle de la production » et du « développement des plans de travail ».

Pour favoriser également le développement des forces productives, les ouvriers révolutionnaires devaient savoir utiliser « la technologie industrielle la plus avancée », laquelle « (dans un certain sens) est indépendante du mode d’appropriation des biens produits », autrement dit indépendante du capitalisme ou du socialisme. [24]

Ce n’est pas un hasard si, entre octobre et novembre 1919, L’Ordine Nuovo consacra plusieurs articles au taylorisme, analysé à partir de la distinction entre les « riches conquêtes scientifiques » mentionnées par Lénine et leur usage capitaliste. [25] En ce sens, les Cahiers de prison observeront plus tard que déjà L’Ordine Nuovo revendiquait son « américanisme ». [26]

Il s’agissait du même américanisme auquel faisaient référence, directement ou indirectement, Lénine, Boukharine et Staline.

Et il faut préciser qu’un tel « américanisme » n’excluait en rien une condamnation nette du capitalisme et de l’impérialisme américains. Aux yeux de Gramsci, les États-Unis étaient un pays qui, malgré ses professions de foi démocratiques, avait longtemps imposé l’esclavage aux Noirs et qui, même après la guerre de Sécession, demeurait caractérisé par un régime terroriste de suprématie blanche, comme le montraient les « lynchages de Noirs par des foules excitées par d’atroces marchands ayant perdu figure humaine ». [27]

Ce terrorisme se manifestait également dans la politique étrangère : la république nord-américaine menaçait de priver les Russes du grain nécessaire à leur survie et donc d’affamer le peuple attiré par la Révolution d’Octobre et tenté d’en suivre l’exemple.

L’« américanisme » compris comme attention portée au problème du développement des forces productives poussa Gramsci, au début des années 1930, à saluer avec enthousiasme le lancement du premier plan quinquennal soviétique : le développement économique et industriel du pays issu de la Révolution d’Octobre prouvait que, loin de stimuler « fatalisme et passivité », « la conception matérialiste de l’histoire […] fait naître une floraison d’initiatives et d’entreprises qui étonne de nombreux observateurs ». [28] Le matérialisme et le marxisme montraient leur capacité à transformer concrètement la réalité, non seulement en inspirant des révolutions comme celle qui eut lieu en Russie, mais aussi en favorisant la croissance de la richesse sociale et en libérant les masses de siècles de pauvreté et de privations.

Encore plus déçue, voire indignée, par les évolutions de la Russie soviétique, Simone Weil procéda en 1932 à une rupture définitive avec ce pays qu’elle avait d’abord regardé avec sympathie et espoir : la Russie soviétique avait fini par prendre pour modèles l’Amérique, l’efficacité américaine, la productivité et le « taylorisme ». Il ne pouvait plus y avoir de doute :

« Le fait que Staline, sur cette question qui est au centre du conflit entre le capital et le travail, ait abandonné les vues de Marx et se soit laissé séduire par le système capitaliste dans sa forme la plus parfaite, montre que l’URSS est encore très loin d’avoir une culture ouvrière. » [29]

En réalité, la position exprimée ici n’avait rien à voir avec Marx et Engels : selon le Manifeste du Parti communiste, le capitalisme est destiné à être dépassé parce qu’après avoir développé les forces productives avec une ampleur et une rapidité sans précédent, il devient lui-même un obstacle à leur développement ultérieur, comme le confirment les crises récurrentes de surproduction.
Cette philosophe française profondément chrétienne, également portée vers le populisme, ne reconnaissait le pays issu de la Révolution d’Octobre qu’à l’étape de la répartition plus ou moins égalitaire de la pauvreté et de la privation ; ensuite, en plus de rompre avec la Russie soviétique, Simone Weil rompit aussi avec Marx et Engels.

Inégalités mondiales et inégalités en Chine

Le populisme continue plus que jamais à se faire sentir dans le jugement méprisant que la gauche occidentale porte aujourd’hui sur la Chine. En vérité, les réformes introduites par Deng Xiaoping ont provoqué un essor économique sans précédent dans l’histoire, libérant des centaines de millions de personnes de la pauvreté, mais cela demeure fondamentalement sans importance pour les populistes.
L’élimination de la pauvreté extrême et de masse s’est-elle produite en même temps qu’une aggravation des inégalités ? La réponse à cette question est moins évidente qu’il n’y paraît à première vue. Tout au long de l’histoire, les partis communistes n’ont conquis le pouvoir que dans des pays relativement peu développés sur les plans économique et technologique ; pour cette raison, ils ont dû combattre non pas une mais deux formes d’inégalités :

1. l’inégalité existant à l’échelle mondiale entre les pays les plus développés et les moins développés ;

2. l’inégalité existant à l’intérieur de chaque pays.
Ce n’est qu’en prenant en compte ces deux dimensions de la lutte qu’on peut évaluer vraiment les politiques de réforme.
Concernant le premier type d’inégalité, il n’y a aucun doute : à l’échelle internationale, l’inégalité mondiale se réduit nettement. Oui, la Chine rattrape progressivement les pays capitalistes occidentaux les plus avancés. Il s’agit d’un tournant historique !

Dans les dernières années du XXe siècle, un éminent politologue américain remarquait que, si le processus d’industrialisation et de modernisation lancé par Deng Xiaoping réussissait, « l’émergence de la Chine comme grande puissance dépassera tout phénomène comparable au cours de la seconde moitié du dernier millénaire ». [30] Environ quinze ans plus tard, un historien britannique tout aussi illustre notait à propos du développement prodigieux de ce grand pays asiatique : « Ce que nous vivons aujourd’hui est la fin de 500 ans de prédominance occidentale. » [31]

Les deux auteurs partagent la même vision emphatique de la période historique concernée. Il y a environ cinq siècles eut lieu la découverte/conquête de l’Amérique. Autrement dit, l’ascension extraordinairement rapide de la Chine met fin — ou promet de mettre fin — à « l’époque colombienne », une période caractérisée par une inégalité extrême dans les relations internationales : l’avance considérable de l’Occident en matière économique, technologique et militaire lui a permis pendant des siècles de soumettre et de piller le reste du monde.

La lutte contre l’inégalité mondiale fait partie intégrante du combat contre le colonialisme et le néocolonialisme. Mao comprit cela très clairement et, dans un discours prononcé le 16 septembre 1949 (« La faillite de la conception idéaliste de l’histoire »), il avertit que Washington voulait réduire la Chine à dépendre « de la farine américaine, autrement dit à devenir une colonie des États-Unis ». [32]

En effet, la toute nouvelle République populaire de Chine devint la cible d’un embargo meurtrier imposé par les États-Unis. Les objectifs de cette politique apparaissent clairement dans les études réalisées par l’administration Truman ainsi que dans les déclarations de ses dirigeants. On partait du principe que la mesure capable de vaincre et de renverser le gouvernement communiste « est économique plutôt que militaire ou politique ».

Il fallait donc faire en sorte que la Chine subisse — ou continue à subir — le fléau d’« un niveau de vie général autour ou en dessous du seuil de subsistance » ; Washington s’engageait à provoquer un « retard économique » et un « retard culturel », conduisant un pays aux « besoins désespérés » vers « une situation économique catastrophique », « vers le désastre » et « l’effondrement ». [33] À la Maison-Blanche, les présidents se succèdent, mais l’embargo demeure ; il est si impitoyable qu’il inclut même les médicaments, les tracteurs et les engrais. [34] En résumé : au début des années 1960, un collaborateur de l’administration Kennedy, Walt W. Rostow, soulignait que cette politique avait retardé le développement économique de la Chine d’au moins « plusieurs dizaines d’années ». [35]

Il n’y a aucun doute : les réformes de Deng Xiaoping ont fortement stimulé la lutte contre l’inégalité mondiale et ont ainsi consolidé l’indépendance économique — et politique — de la Chine. La haute technologie n’est plus le monopole de l’Occident. Nous voyons désormais se dessiner la perspective du dépassement de la division internationale du travail qui, pendant des siècles, a condamné les peuples non occidentaux à une condition servile ou semi-servile, ou les a relégués au bas du marché mondial du travail.

Une révolution mondiale est ainsi en train de se dessiner, mais la gauche occidentale semble ne pas la remarquer. Pourtant, elle considère rationnellement qu’une grève obtenant de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de travail dans une usine fait partie intégrante du processus d’émancipation. Il est alors étrange que la lutte visant à abolir la division internationale oppressive du travail instaurée par la force armée durant « l’époque colombienne » soit considérée comme étrangère au processus d’émancipation.

Quoi qu’il en soit, ceux qui condamnent aujourd’hui la Chine dans son ensemble à cause de ses inégalités feraient bien de se rappeler que Deng Xiaoping présentait également ses réformes comme un élément du combat contre l’inégalité planétaire. Lors d’un entretien, le 10 octobre 1978, il remarquait que l’« écart » technologique avec les pays avancés ne cessait de s’élargir ; ceux-ci se développaient « à une vitesse formidable », tandis que la Chine était incapable de suivre. [36]

Et dix ans plus tard : « La haute technologie progresse à une vitesse formidable » ; de sorte qu’il existait un risque que « l’écart entre la Chine et les autres pays se creuse davantage. » [37]

Inégalité quantitative et inégalité qualitative

Attirer l’attention sur l’importance de l’inégalité mondiale ne signifie pas perdre de vue le second type d’inégalité. Alors, que se passe-t-il avec les inégalités existantes en Chine ? Les réformes introduites par Deng Xiaoping les ont-elles aggravées jusqu’à un niveau intolérable ?

Avant de répondre à ces questions, une observation préliminaire s’impose : la NEP soviétique comme la nouvelle orientation chinoise furent précédées par une pauvreté et des pénuries si aiguës et si généralisées qu’elles provoquèrent des famines massives ; il fallait mettre fin à cette situation et empêcher qu’elle se reproduise. Voilà en quoi consista le tournant en Russie soviétique comme en Chine.

Mais comment lutter contre les inégalités dans une situation économique aussi désespérée ? Au sens quantitatif, la distribution des rares ressources disponibles peut s’inspirer d’un idéal égalitaire, afin de nourrir uniformément les individus, les familles et les villages ; cependant, l’insuffisance globale des ressources ne change pas, pas plus que les différences de besoins (les individus les plus faibles succombent plus facilement que les autres). Dans de telles conditions, la famine peut être contenue mais non éliminée. Or, le morceau de pain qui permet aux plus chanceux de survivre, aussi modeste soit-il quantitativement, consacre néanmoins une inégalité absolue sur le plan qualitatif : l’inégalité absolue qui sépare la vie de la mort. Autrement dit, lorsque la pénurie atteint un niveau extrême, la lutte contre l’inégalité ne peut être menée efficacement qu’en se concentrant sur le développement des forces productives. Ainsi, même en ce qui concerne le second type d’inégalité — l’inégalité à l’intérieur d’un pays — les réformes de Deng Xiaoping ont supprimé une fois pour toutes l’inégalité qualitative absolue inhérente à la famine et au risque de famine.

Bien entendu, une fois ce fléau définitivement éliminé, il devient nécessaire de s’attaquer au problème de l’inégalité quantitative et de réaliser ce que Deng Xiaoping appelait la « prospérité commune ». [38] Il n’y a aucun doute : cet objectif est encore loin d’être atteint. Selon le coefficient de Gini, qui mesure la répartition des revenus au sein d’un pays, la polarisation sociale a atteint des niveaux préoccupants en Chine. Il faut évidemment accorder une grande attention au coefficient de Gini, mais sans surestimer sa portée. Malgré son utilité, il présente des limites fondamentales : non seulement il ne distingue pas les deux types d’inégalités (mondiales et locales), mais il ne dit rien non plus des tendances profondes des inégalités internes dans un pays donné.

Les changements survenus en Chine au cours des dernières décennies peuvent être illustrés par une métaphore. Deux trains quittent une gare appelée « sous-développement » et se dirigent vers une gare appelée « développement ». L’un des deux trains est très rapide, tandis que l’autre est plus lent ; la distance entre eux augmente donc progressivement.

Cette différence s’explique facilement si l’on garde à l’esprit la taille continentale de la Chine et son histoire tourmentée : les régions côtières, déjà dotées d’infrastructures — même rudimentaires — et bénéficiant d’un accès plus facile aux échanges avec les zones développées, sont dans une meilleure situation que les régions intérieures traditionnellement moins développées, enclavées et entourées de pays ou de régions marqués par la stagnation économique. Il est évident que l’écart entre les deux trains roulant à des vitesses différentes s’élargit, mais il ne faut pas perdre de vue trois points fondamentaux : en premier lieu, la direction — le développement — est la même ; deuxièmement, aujourd’hui, certaines régions intérieures voient leurs revenus croître plus rapidement que ceux des régions côtières ; troisièmement, grâce à l’impressionnant processus d’urbanisation (qui pousse la population vers les régions les plus développées), le train le plus rapide tend à transporter davantage de passagers. Il n’est donc pas surprenant qu’à l’échelle de la Chine dans son ensemble, on observe une croissance constante et importante de la classe moyenne, ainsi qu’une diffusion plus large de la protection sociale et de certains éléments de l’État-providence.

Cependant, l’avertissement implicite contenu dans les valeurs du coefficient de Gini demeure valable : si elle n’est pas contenue de manière appropriée et rapide, l’inégalité quantitative peut aussi provoquer une déstabilisation sociale et politique.

Richesse et pouvoir politique : une relation conflictuelle

La déstabilisation sociale et politique peut également provenir d’un autre front. Combien de temps les nouveaux riches accepteront-ils une situation dans laquelle ils peuvent jouir tranquillement de leur richesse économique — accumulée légalement — sans pouvoir la transformer en pouvoir politique ?

Mao était conscient de ce problème. En 1958, répondant aux critiques soviétiques concernant la persistance de secteurs capitalistes dans l’économie chinoise, il déclara : « Il y a encore des capitalistes en Chine, mais l’État est sous la direction du Parti communiste. » [39] Près de trente ans plus tard, en août 1985, Deng Xiaoping fit une remarque qui mérite réflexion : « Peut-être Lénine avait-il eu une bonne idée lorsqu’il adopta la Nouvelle Politique Économique. » [40] Il s’agissait là d’une comparaison indirecte entre la NEP soviétique et les réformes adoptées par Deng Xiaoping en Chine. Ce que les deux politiques ont en commun est évident : l’expropriation politique totale de la bourgeoisie ne signifie pas son expropriation économique totale. Bien sûr, il existe aussi des différences. La NEP concernait une part très limitée de l’économie privée et devait avant tout constituer une « retraite » temporaire. Autrement dit, la NEP soviétique était motivée par la nécessité de sortir d’une situation économique désespérée. Il n’y eut aucune réflexion globale sur le modèle économique à adopter ; il n’est donc pas surprenant que, selon le témoignage de Benjamin, que nous avons déjà évoqué, le riche homme de la NEP (Nouvelle politique économique), dont on attendait également qu’il contribue au développement des forces productives, ait été confronté à une « terrible isolation sociale ». La politique de Deng Xiaoping, en revanche, tirait les leçons d’une expérience historique claire : l’économie totalement collectiviste supprime toutes les incitations matérielles et tous les motifs de compétition, ouvrant la voie — comme on l’a vu précédemment — à la désaffection massive et à l’absentéisme ; de plus, le populisme qui considérait la richesse et le profit comme des péchés entravait le développement de l’esprit d’entreprise et de l’innovation technologique.

Tout en lançant sa politique de réforme et d’ouverture, Deng était conscient des risques qu’elle comportait. En octobre 1978, il avertit : « Nous ne permettrons pas à une nouvelle bourgeoisie de prendre forme. » Cet objectif n’était pas contradictoire avec la tolérance accordée aux capitalistes individuels. Bien sûr, il fallait leur accorder une certaine considération. Mais un point restait constant : « la lutte contre ces individus est différente de la lutte d’une classe contre une autre, telle qu’elle existait autrefois (ces individus ne peuvent constituer une classe cohérente et ouverte). » [41] Même s’il subsiste des résidus de l’ancienne lutte des classes, le renforcement de la révolution et du pouvoir du Parti communiste a créé une situation nouvelle : « Est-il possible qu’une nouvelle bourgeoisie émerge ? Quelques éléments bourgeois peuvent apparaître, mais ils ne formeront pas une classe », notamment parce qu’il existe un appareil d’État « puissant » capable de les contrôler. [42] Outre le pouvoir de l’État, l’idéologie joue également un rôle important : beaucoup de nouveaux riches, bien qu’ils ne soient pas communistes, se sentent patriotes et partagent l’horreur du « siècle de l’humiliation » commencé avec les guerres de l’Opium et terminé par la victoire de la révolution ; ils partagent aussi le rêve du « renouveau de la nation chinoise ».

Et pourtant, précisément à cause du succès des réformes et de l’extraordinaire croissance économique chinoise, le nombre de millionnaires et de milliardaires augmente fortement ; la richesse accumulée par ces nouveaux capitalistes influencera-t-elle la politique ? C’est à la lumière de cette inquiétude qu’il faut comprendre la campagne actuelle contre la corruption. Cette opération de nettoyage ne vise pas seulement à renforcer le soutien populaire au Parti communiste chinois et au gouvernement ; elle vise aussi à appliquer la recommandation de Deng Xiaoping et à empêcher les « éléments bourgeois » de former une classe prête à conquérir le pouvoir politique.

Le regard de l’Occident : « démocratisation » ou « ploutocratisation » de la Chine ?

Les capitalistes qui se sont établis et continuent de s’établir ne peuvent constituer un véritable danger que s’ils s’allient à des cercles impérialistes ou à des forces pro-impérialistes déterminées à provoquer une « révolution de couleur » également en Chine. Forts de leur puissance médiatique excessive, les États-Unis cherchent depuis très longtemps à consolider leur hégémonie mondiale afin d’imposer à la Chine une « démocratie » selon le calendrier et les modalités dictés par Washington.

Par ce comportement, les États-Unis montrent qu’ils ignorent les leçons de leur propre histoire nationale ainsi que du libéralisme lui-même, c’est-à-dire de l’école de pensée qu’ils prétendent représenter. En 1787, juste avant l’entrée en vigueur de la Constitution fédérale, Alexander Hamilton expliquait que les limitations du pouvoir et l’établissement de l’État de droit avaient réussi dans deux pays « insulaires », la Grande-Bretagne et les États-Unis, grâce à la protection offerte par l’océan et à leur position géopolitique les mettant à l’abri des menaces des puissances rivales.
Si les projets d’union fédérale avaient échoué et qu’un système d’États semblable à celui de l’Europe avait émergé sur leurs ruines, l’Amérique aurait rapidement vu apparaître une armée permanente, un fort pouvoir central et l’absolutisme : « Ainsi nous verrions bientôt s’établir dans toutes les parties de ce pays les mêmes instruments du despotisme qui ont été le fléau de l’Ancien Monde. » [43] Hamilton accordait une telle importance à la sécurité géopolitique dans la création d’un système fondé sur l’État de droit qu’il écrivait que si la Grande-Bretagne, au lieu d’être une île entourée et protégée par la mer, avait été située sur le continent européen, elle « serait aujourd’hui très probablement victime du pouvoir absolu d’un seul homme », comme les autres puissances continentales européennes. [44]

D’autre part, selon Hamilton, chaque fois que « la préservation de la paix publique » est menacée soit par des « attaques extérieures », soit par des « convulsions intérieures », même un pays comme les États-Unis — pourtant doté d’une position géopolitique extrêmement favorable — est autorisé à recourir à un pouvoir fort « sans limitations » ni « entraves constitutionnelles ». [45]

En réalité, même protégée par l’Atlantique et le Pacifique, la république nord-américaine a, chaque fois qu’elle s’est sentie menacée — à tort ou à raison —, renforcé plus ou moins drastiquement le pouvoir exécutif et restreint plus ou moins fortement les libertés d’association et d’expression. Ce fut le cas dans les années suivant immédiatement la Révolution française (lorsque ses sympathisants américains furent frappés par les mesures sévères prévues par les Alien and Sedition Acts), puis pendant la guerre de Sécession, la Première Guerre mondiale, la Grande Dépression, la Seconde Guerre mondiale, la Guerre froide et la période ouverte par les attentats contre les Twin Towers.

Prenons un exemple : qu’est-il advenu des libertés libérales traditionnelles après l’adoption, le 16 mai 1918, de l’Espionage Act ? En vertu de cette loi, une personne pouvait être condamnée à jusqu’à vingt ans de prison pour avoir exprimé : « […] tout langage déloyal, profane, injurieux ou abusif à propos de la forme de gouvernement des États-Unis, ou de la Constitution des États-Unis, ou des forces militaires ou navales des États-Unis, ou du drapeau […] ou de l’uniforme de l’armée ou de la marine des États-Unis. » [46]

Si les dirigeants de Washington étaient réellement attachés à la bannière de la démocratie qu’ils agitent sans cesse, ils chercheraient d’une manière ou d’une autre à renforcer la paix géopolitique et le sentiment de sécurité dans les pays qu’ils prétendent vouloir démocratiser.

À la fin de la Guerre froide — comme l’a reconnu calmement un universitaire conseiller du vice-président Dick Cheney — l’unique superpuissance utilisait sans scrupules et en toute impunité ses forces navales et aériennes pour violer « l’espace aérien et les eaux territoriales de la Chine avec peu de crainte de harcèlement ou d’interdiction ». À cette époque, le grand pays asiatique était impuissant.

Aujourd’hui, la situation a considérablement changé. Les États-Unis demeurent toutefois capables de contrôler les voies de communication maritimes. Par conséquent : « la Chine est déjà vulnérable aux effets d’un blocus naval, et elle le deviendra encore davantage à mesure que son économie grandira ; en fait, « son destin pourrait dépendre de la retenue américaine. » [47] Et c’est précisément cette situation que les États-Unis s’efforcent de perpétuer. Tout cela ne favorise guère le développement de l’État de droit.

La campagne occidentale pour la « démocratisation » de la Chine se déroule au moment même où de nombreux analystes politiques constatent le déclin de la démocratie en Occident. Quelques années avant la crise économique, on pouvait lire dans l’International Herald Tribune que les États-Unis étaient devenus une « plutocratie » ; désormais, les forces de la richesse privée et des grandes entreprises se sont déjà emparées des institutions politiques, tandis que le reste de la population est marginalisé. [48] Aujourd’hui, aussi bien à gauche que chez des penseurs totalement opposés à la tradition marxiste, il est courant d’affirmer qu’en Occident — et surtout aux États-Unis — la ploutocratie a remplacé la démocratie.

On peut donc conclure que la campagne actuelle pour la « démocratisation » de la Chine est en réalité une campagne visant à sa ploutocratisation, c’est-à-dire à inverser « l’expropriation politique » de la bourgeoisie réalisée depuis 1949 dans le grand pays asiatique.

Une seconde campagne, menée comme d’habitude par Washington et Bruxelles, exige la liquidation substantielle du secteur public et de l’économie d’État, lesquels jouent pourtant un rôle essentiel dans la lutte contre les deux grandes formes d’inégalités. Sur le plan international, ce secteur contribue de manière décisive au développement technologique de la Chine, réduisant progressivement l’écart avec les pays avancés. À l’intérieur du pays, le secteur public et l’économie d’État réduisent les inégalités entre les différentes régions en accélérant le développement des régions les moins avancées de Chine, qui connaissent aujourd’hui une croissance beaucoup plus rapide que les régions côtières. Si cette seconde campagne occidentale avait réussi, « l’expropriation économique » de la bourgeoisie - déjà réduite - aurait été complètement annulée, permettant à la bourgeoisie d’accroître considérablement son influence dans la société et d’ouvrir à nouveau la voie à la conquête du pouvoir politique.

Les choses sont claires quant à la nature des armes qui seront utilisées pour combattre le pays issu de la plus grande révolution anticoloniale de l’histoire, engagé dans un long processus de construction d’une société post-capitaliste et socialiste. De quel côté se rangera la gauche occidentale ?

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Ce texte est traduit de la version qui est en ligne sur le site redsails :

https://redsails.org/losurdo-on-china/

Il est paru dans le numéro 7 de la revue International Critical Thought, publié en 2017.

Notes :

[1Voir Losurdo 2013, p. 185.

[2Marx et Engels 1955–89, vol. 4, p. 484, 489 ; traduit de l’italien.
(Voir aussi : Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, 1848.)

[3Lénine 1955–70, vol. 31, p. 283–284 ; traduit de l’italien (Voir aussi : V. I. Lénine, Les tâches des unions de jeunesse, 1920.)

[4Figes 1996, p. 771.

[5Marx et Engels 1955–89, vol. 4, p. 151 ; traduit de l’italien. Voir aussi : Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847.

[6Snow (1937) 1972, p. 262.

[7Mitter 2014, p. 192.

[8Mao 1965–77, vol. 2, p. 344. Voir aussi : Mao Zedong, De la démocratie nouvelle, 1940.

[9Mao 1965–77, vol. 5, p. 357. (Voir aussi : Mao Zedong, Discours à une conférence des secrétaires des comités provinciaux, municipaux et régionaux du Parti, 1957.)

[10Sisci 1994, p. 86, 89, 102.

[11Deng 1992–95, vol. 3, p. 122, 174. (Voir aussi : Deng Xiaoping, Réponses au correspondant américain Mike Wallace, 1986. Deng ajoute : « Cependant, ce que nous entendons par enrichissement est différent de ce que vous entendez. Dans une société socialiste, la richesse appartient au peuple. S’enrichir dans une société socialiste signifie la prospérité pour tout le peuple. Les principes du socialisme sont : premièrement, le développement de la production et deuxièmement, la prospérité commune. »)

[12Bloch (1918) 1971, p. 298.

[13Lénine 1955–70, vol. 33, p. 254–255 ; traduit de l’italien. (Voir aussi : V. I. Lénine, Rapport politique du Comité central du Parti communiste russe (bolchevik), 27 mars 1922.)

[14Gramsci 1982, p. 516 ; traduit de l’italien. (Voir aussi : Antonio Gramsci, La révolution contre “Le Capital”, 1917.)

[15Gramsci (1926) 1971, p. 129–130. (Voir aussi : Antonio Gramsci, Lettre au Comité central du Parti communiste soviétique, 1926.)

[16Cité dans Losurdo 2013, p. 227–228 ; traduit de l’italien.

[17Cité dans Losurdo 2013, p. 184 ; traduit de l’italien.

[18Pascal 1982, p. 33–34 ; traduit de l’italien.

[19Cité dans Losurdo 2013, p. 192 ; traduit de l’italien.

[20Sur Benjamin et Roth, voir Losurdo 2013, chapitre VII, § 3 ; l’auteur renvoie à son livre pour un approfondissement des problèmes discutés dans cet essai.

[21Lénine 1955–70, vol. 45, p. 27, 231.(Voir aussi : V. I. Lénine, Les tâches immédiates du pouvoir soviétique, 1918.)

[22Cité dans Losurdo 2007, chapitre III, § 2.

[23Cité dans Losurdo 2007, chapitre III, § 2. (Voir aussi : J. V. Staline, Les fondements du léninisme, 1924.)

[24Gramsci 1987, p. 622, 607–608, 624 ; traduit de l’italien.

[25Carlo Petri, 1919. « Le système Taylor et les conseils de producteurs, I-IV », L’Ordine Nuovo, année I, n° 23-26.

[26Gramsci 1975, p. 72 ; traduit de l’italien.(Voir aussi : Antonio Gramsci, Cahiers de prison, cahier 1, § 61, « Américanisme », 1929–1930.)

[27Losurdo 1997, chapitre II, 11–12 ; traduit de l’italien.(Voir aussi : Antonio Gramsci, Chroniques de Turin, 1913–1917.)

[28Gramsci 1975, p. 893, 2763–2764 ; traduit de l’italien.(Voir aussi : Antonio Gramsci, Cahiers de prison, cahier 7, § 44, « Réforme et Renaissance », 1930–1931.)

[29Weil 1989–91, p. 106–107.

[30Huntington 1996, p. 231.

[31Ferguson 2011, p. 322.

[32Mao 1965–77, vol. 4, p. 453. (Voir aussi : Mao Zedong, La faillite de la conception idéaliste de l’histoire, 1949.)

[33Zhang 2002, p. 20–22, 25, 27.

[34Zhang 2002, p. 83, 179, 198.

[35Zhang 2002, p. 250.

[36Deng 1992–95, vol. 2, p. 143. (Voir aussi : Deng Xiaoping, Mettre en œuvre la politique d’ouverture vers l’extérieur et apprendre la science et la technologie avancées des autres pays, 1978.)

[37Deng 1992–95, vol. 3, p. 273.(Voir aussi : Deng Xiaoping, La Chine doit prendre sa place dans le domaine de la haute technologie, 1988.)

[38Deng 1992–95, vol. 3, p. 174.(Voir aussi : Deng Xiaoping, Le marxisme est une science, 1992.)

[39Mao 1998, p. 251.(Voir aussi : Mao Zedong, Compte rendu d’une conversation avec l’ambassadeur soviétique Yudin, 1958.)

[40Deng 1992–95, vol. 3, p. 143.(Voir aussi : Deng Xiaoping, La réforme est le seul moyen pour la Chine de développer ses forces productives, 1985.)

[41Deng 1992–95, vol. 2, p. 144, 178.(Voir aussi : Deng Xiaoping, Maintenir les quatre principes fondamentaux, 1979.)

[42Deng 1992–95, vol. 3, p. 143.(Voir aussi : Deng Xiaoping, La réforme est le seul moyen pour la Chine de développer ses forces productives, 1985.)

[43Hamilton 2001, p. 192.

[44Hamilton 2001, p. 194.

[45Hamilton 2001, p. 253.

[46Commager 1963, vol. 2, p. 146.

[47Friedberg 2011, p. 217, 228, 231.

[48Pfaff 2000.


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