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"Le Guépard" du prince Tomasi de Lampedusa
Valère Straselski a relu "cette oeuvre inclassable, roman sur fond historique, voire politique"

Valère Staraselski a relu Le Guépard du prince Tomasi de Lampedusa, oeuvre inclassable que ce roman sur fond historique voire politique, magistralement adapté au cinéma par Luchino Visconti.

Du roman Le Guépard de Giuseppe Tomasi de Lampedusa, paru en 1958, une critique, Sylvie Servoise, considère que s’offrant comme « un mobile d’interprétations, il décourage toute tentative de réconciliation ainsi que cette immobilisation du sens grâce à laquelle les critiques peuvent avoir l’illusion de parler du même texte. » Et d’ajouter : « En ce sens, les dialogues de sourds au sujet du Guépard ont encore de beaux jours devant eux. » Il est indubitable que tant les conditions de la parution que de la réception de ce roman écrit par un aristocrate discret, à la toute fin de sa vie, (il mourra un an après avoir essuyé deux refus d’éditeurs) corroborent ces dires. Elio Vittorini, directeur de collection des éditions Einaudi et Mondadori, qui fut un court temps communiste après avoir été fasciste de gauche puis anarchiste avant d’opter pour le radicalisme, participa au refus de ces deux maisons d’édition. Il qualifiera ce texte de « vieillot, de la fin du XIXè siècle. » La gauche italienne, intelligentsia en tête, lui emboîta alors la plume jugeant l’auteur du Guépard réactionnaire et le roman défaitiste. Un autre écrivain italien, Giorgio Bassani, publiera Le Guépard en 1958, chez Feltrinelli. Premier succès littéraire italien d’après-guerre, le livre obtient un prix et le grand cinéaste, Luchino Visconti le porte à l’écran deux ans après sa parution. C’est qu’entre-temps, le français Louis Aragon - qui aura fait paraître la même année La semaine sainte - prendra parti en dressant un éloge définitif du Guépard dans deux retentissants articles des Lettres françaises [1]. « Le Guépard est un peu plus qu’un très beau livre, c’est un des grands romans de ce siècle, un de ces grands romans de toujours, et peut-être (…) le seul roman italien. » Le cœur de la polémique loge dans une parole attribuée au personnage central, le Prince Fabrizio de Lampedusa, grand père de l’auteur, qui vécut la période, décrite dans le roman, du Risorgimento, mouvement qui aboutira à l’unification italienne en 1861. Or, cette parole est en réalité prononcée par son neveu, le jeune aristocrate Tancredi qui, pris dans le reflux de sa classe choisit de rallier la bourgeoise montante. C’est lui qui fait la leçon à son oncle : « Si nous ne sommes pas là non plus, ils vont nous arranger la république. Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. Est-ce clair ? » Il convient d’en être sous risque de disparaître ; cet entre-deux historique est magnifiquement rendu par le roman. Le vieux prince, lui, « pris d’un dégoût encore plus aigu à l’égard de la conjoncture sociale dans laquelle il était tombé » a déjà versé du côté de la mort, « comme le vétéran qui méprise le conscrit vivant dans l’illusion que le bourdonnement des balles autour de lui est celui de grosses mouches inoffensives ». Suivant le conseil du neveu, il choisit d’accompagner « le monde durable de l’Histoire ». Sans doute s’y range-t-il, par fatigue mais surtout par la conscience que c’est à l’Histoire et donc à ceux qui la font, ses acteurs, qu’ils se nomment par exemple, Vittorini, Bassani ou Aragon, à qui revient le dernier mot.

Notes :

[1] Un grand fauve se lève sur la littérature : Le Guépard. Décembre 1959. Le Guépard et La Chartreuse. Février 1960. In Les lettres françaises.


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