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« Le devenir du français »
Du nouveau sur les enjeux de la langue française dans un numéro de la revue La pensée

La revue La pensée vient de consacrer un numéro à la langue française qui sort des sentiers battus.

« Pour une langue arborescente », l’éditorial de Patricia Latour et Francis Combes, que les lecteurs de l’Humanité connaissent pour leur chronique, revient sur le travail prestigieux mais oublié de Marcel Cohen [1], mais ils cherchent surtout à cerner les enjeux actuels de la langue, dans des termes qui montrent que la meilleure défense du français n’est ni frileuse devant le mouvement, ni réduite à la seul question de la concurrence avec l’anglais (« le trouble dans le langage est une chance pour l’identité, une identité qui ne serait pas enfermée dans la culture d’une racine unique »). Ainsi, ils mettent en évidence la question incontournable, « simplifier ou cultiver la difficulté ? » : « l’idée est bien installée que son principal handicap (du français) est sa difficulté. Et la question revient régulièrement de son orthographe, qui, il est vrai ne manque pas de pièges et de subtilités qui échappent de plus en plus à beaucoup d’élèves. D’où l’idée qui revient régulièrement d’une réforme de l’orthographe ». Patricia et Francis soulignent que Claude Vargas dans ce numéro de la revue « reprend le sujet avec une optique nouvelle puisqu’il pose le problème de la grammaire elle-même ».

« Pour une refondation de la grammaire scolaire », ce texte de Claude Vargas, met effectivement les pieds dans le plat, par delà sa complexité pour les non spécialistes. La préoccupation de départ de Claude Vargas est l’échec scolaire en français (« patent et socio-culturellement déteminé ») et son rapport avec les insuffisances, voire les incohérences, de la grammaire : « la grammaire scolaire est une grammaire de l’écrit dont bon nombre de concepts sont pour le moins discutables, dans la mesure où ils fournissent parfois des visions erronées de la réalité de la langue, de ses structures, de son fonctionnement, de ses possibilités de maniement dans la production de discours (…). On l’aura compris, nous pensons que la grammaire scolaire doit être largement repensée pour lui permettre de réaliser les objectifs qui lui sont assignés ». [2]

Claude Vargas en appelle à « une autre stratégie pédagogique de l’enseignement du français (une didactique pluri-normaliste et non strictement normative du français) premettrait d’éviter que les normes identitaires des enfants de milieux défavorisés se transforment en contre-normes ».

Il faudrait évoquer toute la richesse des contributions offertes dans ce numéro [3]. Je m’en tiendrai à celle de Claude Simon, « Point médian, point de friction » qui a trait au seul enjeu qui affleure aujourd’hui dans le débat public, celui de l’écriture dite « inclusive » et à travers elle de l’égalité entre les hommes et les femmes. Claude Simon montre que le pont médian est un outil parmi d’autres et non la seule réponse possible qui aille dans le sens de cette égalité. Il évoque ainsi « la neutralisation des genres ». Il signale par exemple avec Bernard Cerquiglini qu’une nouvelle forme populaire d’abréviation « crée de nouveaux mots épicènes simplifiés et amputés des éventuels suffixes qui indiquent le genre (instits, profs...etc) qui peuvent ruiner les efforts pour distinguer les genres ».

Retenons aussi son rève « pour ce bien commun qu’est la langue française d’un utopique débat démocratique révélant une sorte de conscience linguistique générale ». Est-ce seulement un rêve ?

La pensée, numéro 403. Revue éditée par la fondation Gabriel Péri

https://gabrielperi.fr/#lapensee

Notes :

[1] Ce linguiste communiste tenait une chronique dans l’Humanité. Les éditions sociales publièrent notamment son ouvrage « Histoire d’une langue, le français »

[2] En complément de l’article de La pensée, on peut lire de Claude Vargas dans la revue Repères : "Peut-on réinventer une grammaire pour la réussite scolaire ?"

[3] Interviennent : Gérard Cartier, Alain Borer, Henriette Walter, Françoise Gadet, Bernard Cerquiglini, Lyonel Trouillot


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