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Marie Murski : « Ailleurs jusqu’à l’aube »
Par Lucien Wasselin

Marie Murski est née en 1949 dans le Nord, près de Lille. C’est son neuvième livre (son recueil de nouvelles était paru en 2017). Mais ce fut dans Cris dans un jardin (un récit paru en 2004) qu’elle avoua : « J’ai reçu la première gifle à peine deux ans après notre rencontre, il y avait eu bien des insultes et des menaces. (…) La violence physique s’est peu à peu imposée » (huitième page de la préface de Christophe Dauphin). Elle vit, après 2007, dans l’Eure, milite contre les violences faites aux femmes et a retrouvé le chemin de l’écriture. Le présent volume est une sorte d’anthologie puisqu’elle regroupe sous le titre de « Ailleurs jusqu’à l’aube » tout ce qu’elle a écrit, en termes de poésie, depuis « Pour changer de clarté » (paru en 1977, aux éditions St-Germain-des-Prés) jusqu’aux inédits qui constituent « Le Grand imperméable ». Elle part du surréalisme (« Solitude étrangère aux jeux bridés / la chaloupe fond lentement dans le café », p 16). Mais je relève cette strophe (?) : « Attendre attendre / attendre » (p 21) : j’ai beau la prendre par tous les bouts, cette strophe, je n’arrive pas à en saisir la nécessité. Heureusement, il y a de belles images surréalisantes comme celle-ci : « Le refrain vert aréole des pluies forestières » (p 25) qui viennent sauver l’ensemble de cette première plaquette.

Dans la deuxième plaquette (publiée en 1980 chez Chambelland), Le Bleu des rois, on remarquera le goût du jardin (« Il y a dans mes jardins / des peurs bleues à trompettes ») p 63 et l’amour du surréalisme (« Avant l’histoire du feu / dans la fricassée des lunes / nous étions crochus noirs hirsutes » ) p 69.

Quant à la troisième plaquette, Si tu rencontres un précipice, éditée en 1988 aux éditions St-Germain-des-Prés, on y trouve le sens cosmique (p 95), mais la tonalité d’ensemble reste l’amour fou (il est même désigné expressément, page 96, cela ne va pas sans étrangeté : « J’attends toujours le même torrent / celui qui plonge ses mains sous ma jupe », p 101). Ce qui n’empêche pas le sentiment maternel de s’exprimer : un poème n’est-il pas dédié « à ma fille » (p 105) ? Dans un texte dédicacé à Hubert Reeves, je relève ce vers « Au-dessus il y a les étoiles » et cet autre « je regarde briller au loin mes soeurs / les étoiles » (p 131).

Dans la quatrième plaquette intitulée La baigneuse, (La Française d’Edition et d’Imprimerie, 1989), on pense parfois à Guillevic : « - Le galet qu’on aimait / n’a pas souffert » (p 142). C’est le recueil qui tient le plus de place : 41 pages au lieu des 113 que font au total les 3 premières et des 30 que fait la dernière (si l’on excepte la troisième que fait rigoureusement le même nombre de pages). On sent, à lire les poèmes, une certaine gratuité ; de même une certaine sensibilité au paysage qui l’entoure. Tout comme la sensualité. Mais on ressent aussi l’inquiétude : « Le beauté s’insinue sous le foulard / comme la mort » (p 165). Il y a toujours l’amour du jardin : « Je veux dire mon désir / quand toutes les mains / se retirent des glaïeuls » (p 183). Ce que dit Marie Murski, c’est finalement la vie dans sa totalité : les sens, l’amour, le jardin (les roses, les glaïeuls, le chèvrefeuille, les outils), l’inquiétude, la mort qui nous attend tous, la liberté, le mystère de vivre, les odeurs, la poésie…

On est loin de l’amour fou avec la cinquième plaquette ; on est plus proche de la réalité, voire de l’insolite ; l’imperméable fait penser irrésistiblement à l’exhibitionnisme, le poème de la page 231 est là pour le rappeler : « le marchand de glace passe en trompetant / « Relève un peu ta jupe / et t’en auras une gratuite / allez, relève-la, juste un peu… ». Tout se passe comme si pour Marie Murski, tout l’avait éloigné de l’amour fou pour sombrer dans le plus sordide ; le grand imperméable revient aux pages 239, 240, 243, 249, 253… Ceci dit, ça résiste ; le ton est plus mystérieux, plus caché. Marie Murski évolue dans son écriture poétique mais la mort reste toujours présente, même celle d’une vieille truite (p 248), en dépit du spectacle dont il s’agit. L’ouvrage se termine, ou presque, sur un hommage au poète Yves Martin…

Marie Murski : « Ailleurs jusqu’à l’aube ». Les Hommes sans Epaules éditions, 272 pages, 20 euros. En librairie ou sur catalogue.


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