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Valeurs vous avez dit valeurs
Par Valère Staraselski

Depuis le début de l’épidémie du Coronavirus, on a assisté chaque soir sur les écrans de télévision à un point de situation Coronavirus Covid 19. Chaque soir apparaîssait un homme, le professeur Salomon, Directeur général de la santé, sorte d’annonciateur, qui donnait entre autres des chiffres comme on le ferait pour l’exposé de la tenue comptable d’une entreprise, morts compris. Des graphiques étaient présentés aux journaux télévisés. Des expressions utilisées, telles « distanciation sociale » au lieu de distanciation physique, des mots qui en disent longs sur l’organisation d’une société, sur ce qui au fond la constitue. Il faut s’attendre à ce que le REX - le retour d’expérience quoi - de cette épreuve sanitaire nous soit soumis à la manière des manageurs soft. Monde d’avant Covid, monde d’après… Dire que le néolibéralisme relève de l’utopie, de l’idée même d’utopie, c’est-à-dire d’une certaine folie négatrice du réel (Marx l’a dit d’emblée du capitalisme pour les valeurs), ne suffit, semble-t-il, pas à proposer une alternative sérieuse, durable. Oui, nombreux sont celles et ceux qui, à la mesure de leur franche colère, clament haut et fort que notre monde marche sur la tête. Mais pour le remettre sur ses pieds, en dépit de réelles forces et intelligences, il ne se trouve pas de mouvement suffisamment profond et fédérateur. Faisant valser les valeurs humaines de base, le néolibéralisme loge dans les têtes sous la forme d’une idéologie et dans les faits par une forme de vie de plus en plus partagée quoiqu’on dise. Ainsi que l’assure le théologien Henri-Jérôme Gagey dans un article intitulé Une crise sans précédent : « Il n’y aura pas de retour en arrière…. Partout dans le monde, le modèle occidental de développement exerce son pouvoir d’attraction. Un pouvoir d’attraction ambigu, destructeur à bien des égards et pourtant imparable. Comme le disait dans une formule tout à fait paradoxale Nicolas Boyle (en 1998) : « les opprimés ont choisi le marché. » » Et le théologien ajoute : « un monde s’efface et un autre est en train d’émerger, sans qu’existe de modèle préétabli pour sa construction. Les équilibres anciens sont en train de se rompre, les arts de vivre reçus se trouvent progressivement, sinon disqualifiés, du moins dépourvus de l’autorité indiscutable qui les caractérisait… Des équilibres et des arts de vivre nouveaux se cherchent mais peinent à se constituer tandis que les mutations s’accélèrent sans que personne ne semble en mesure de les contrôler. D’où paradoxalement, un balancement entre l’attente que ces évolutions accomplissent les rêves les plus profonds des humains et le sentiment accru de se trouver sous la menace de véritables « catastrophes écologiques » mais aussi si on le dit moins, de ces véritables catastrophes anthropologiques. Qui pourraient surgir… de l’artificialisation et de la marchandisation croissante des corps. » Ce que désigne Gagey est moins la reconnaissance que nous ayons changé de monde que ce fait essentiel : « les réponses fournies… se révèlent frustrantes parce qu’elles ont été élaborées dans un contexte qui n’est déjà plus le nôtre… ». Quel rapport me dira-t-on avec une visée d’un monde commun libéré du capitalisme ? Un autre théologien. Joël Molinaro. « Certains conflits idéologiques ou religieux de l’ère moderne, malgré leur violence parfois, n’avaient pas entamé une définition commune de l’homme. On pouvait être militant communiste ou chrétien, défenseur de l’école laïque ou de l’école catholique tout en partageant une définition proche de ce que pouvait signifier être homme ou femme ? De nouvelles frontières semblent se dessiner. « Tout peut changer mais non la femme et l’homme » écrivait Louis Aragon en 1969. Cette conviction du poète sur une nature stable de l’être humain fut aussi le point sur lequel le concile Vatican II revint avec force… » Comparaison n’est pas raison, mais en 1942, le même Aragon évoquait « une conception de l’homme que peuvent avoir le communiste et le chrétien, mais le nazi jamais. » Le danger que court le genre humain et avec lui le vivant sur Terre ne demande-t-il pas une approche globale doublée d’un questionnement anthropologique ? Autrement dit, reprendre le chemin dont parlait Jaurès vers ce « grand but d’humanité par des moyens d’humanité » paraît impossible sans une interrogation sur ce que doivent être des valeurs humanistes aujourd’hui. Et c’est précisément parce que des forces de vie et des actes de solidarité pour l’intérêt général se font jour, qu’il convient de se placer politiquement à cette hauteur-là. Celle qui prend en compte que nous sommes dans un moment qui « transforme de fond en comble la manière dont les humains se rapportent à la nature, à la société et à eux-mêmes. La première de ces transformations est bien décrite par le néologisme d’anthropocène forgé en 1992 par Andrew Revkin … qui aurait débuté vers 1800 et dont l’une des caractéristiques est que l’action de l’espèce humaine est devenue l’une des principales forces géophysiques agissant sur la planète et déterminant son évolution ». Encore Gagey. L’élaboration d’un destin collectif progressiste et la nécessité d’un pouvoir exercé en commun suppose que l’émancipation ne puisse se confondre avec un mode de vie qui frise trop souvent le nihilisme. Dans cette affaire, si j’ose dire, la question des valeurs n’est pas, loin s’en faut, une question secondaire. Raison de plus pour ne pas reculer et l’affronter.


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