L’Institut La Boétie a publié fin juin une très longue note intitulée Au seuil d’un nouveau monde. Jean-Luc Mélenchon en est présenté comme l’auteur principal, avec Sophia Chikirou, Arnaud Le Gall, Camille Verneuil mentionnés comme co-auteurs. Sa publication a été l’occasion d’un discours de Jean-Luc Mélenchon sur les questions internationales. Ce sont ces deux textes qui sont analysés ici.
Il y a dans la note une proposition concrète dont l’impact serait considérable. Après une dénonciation de « l’économie bleue », il est préconisé pour les océans de défendre dans les « instances onusienne », « une approche respectueuse du vivant en le soustrayant à l’exploitation économique » [1]. Soustraire le vivant à l’exploitation économique : une formule qui ne peut avoir d’autre sens que la revendication d’interdire la pêche ! Les conséquences pour les 800 millions d’êtres humains qui ont le poisson comme source principale de protéines et de revenus [2] ne sont même pas évoquées dans la note.
Il est paradoxal qu’une telle proposition soit émise dans un document qui prône le renforcement du rôle de l’ONU et des instances qui en dépendent, car elle se situe à l’opposé des orientations adoptées par l’ONU. Ainsi parmi les objectifs de développement durable de l’ONU, l’objectif 14 s’intitule « Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable ». Il y est préconisé « la conservation et l’exploitation durable des écosystèmes marins et côtiers, selon trois ambitions fondatrices : une gestion plus durable des ressources via la préservation de 10 % des zones marines et côtières, la lutte contre la surpêche et la pêche illicite ; l’accélération des recherches scientifiques et du transfert de techniques pour renforcer la résilience des écosystèmes et réduire au maximum l’acidification des océans ; la conception de la gestion durable des ressources marines comme une opportunité de développement économique et touristique pour les petits États insulaires et les pays les moins avancées ». Dans le même esprit, la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) s’oppose à la surpêche et préconise des « niveaux d’exploitation adéquats », relevant que « les communautés de pêcheurs sont pauvres et vulnérables » et que « la surpêche et les pratiques d’aquaculture non durable mettent en péril les bases des ressources dont elles tirent leurs moyens d’existence ». Dans ce but, la FAO a émis « un code de conduite pour une pêche responsable ». Rien à voir donc avec la proposition de soustraire le vivant à l’exploitation économique dans les océans. Sur une question majeure pour des centaines de millions d’êtres humains, les orientations adoptées par l’ONU sont prises à contre-pied. En outre, une telle proposition ne pourrait qu’isoler la France dans le monde.
J’ai commencé par cette proposition car elle me semble éclairer les problèmes que pose la note Au seuil d’un nouveau monde. J’en viens maintenant à l’ensemble des positions exprimées.
La note foisonne de sentences du type « Les êtres humains sont fondateurs d’eux-mêmes », « les individus sont libres de se redéfinir ».
La notion d’ « intérêt général humain » est présentée comme centrale : « L’intérêt général humain vise à rétablir l’harmonie des êtres humains avec les cycles naturels, et à organiser celle entre les êtres humains. L’harmonie est comprise ici, non dans un sens métaphorique mais concret : la coïncidence des rythmes de la vie sociale, avec les rythmes biologiques et biophysiques » [3]. « L’intérêt général humain pour l’accès à l’eau, par exemple, loin de suspendre la lutte des classes, en déplace le terrain et donc l’approfondit ». « Les moyens concrets pour former ce peuple humain objectivement et subjectivement sont les mobilisations autour des causes communes qui composent ensemble l’intérêt général humain, c’est-à-dire l’ensemble de nos interdépendances radicales, tant naturelles que sociales ».
La vision de la construction de cet « intérêt général humain » reste très abstraite. Et l’exemple de la pêche montre que ce n’est pas à partir des besoins et des pratiques humaines dans leur diversité qu’il est envisagé de le construire, celles-ci étant jugées de manière exclusive comme marquées par un système capitaliste à abattre pour sauver l’humanité et la nature.
Les biens commun sont plusieurs fois évoqués. Ainsi, dans son discours, Jean-Luc Mélenchon cite comme biens communs : « l’air, l’eau » et « le droit de se reproduire en tant qu’espèce animale, de vivre la nuit et le jour, le silence et le bruit ». Ce genre de propos abscons porte une conception des biens communs très abstraite. L’énergie, par exemple, n’est jamais évoquée comme bien commun (pas plus que n’est évoqué le droit à l’énergie).
L’évolution du monde est synthétisée ainsi : nous sommes entrés dans « l’ère des guerres et de la crise écologique généralisée ». Seuls les traits les plus funestes du paysage sont retenus : « les ressources se raréfient », « les terres deviennent moins fertiles », « l’eau manque », « les catastrophes climatiques se multiplient », « la santé devient une frontière pour la survie de l’espèce ». Nous sommes proches d’une vision apocalyptique du monde. Cela s’accompagne parfois d’une conception fataliste de l’histoire, où les choses sont écrites d’avance : « comme pour tous les empires, déclare Jean-Luc Mélenchon dans son discours, l’agonie de l’empire des Etats-Unis d’Amérique sera nécessairement une fin violente » [4]. Ou d’une idéalisation des périodes passées : lors de la guerre froide, « tout était contrôlé », on est donc « davantage en danger aujourd’hui », explique Jean-Luc Melenchon. Bien des épisodes contredisent cette idée que « tout était contrôlé » [5].
Dans le livre Communisme, un chemin pour l’avenir, j’ai montré avec des données précises qu’on ne pouvait avoir une vision unilatérale de l’évolution du monde. L’extrême pauvreté a massivement reculé [6], l’espérance de vie a progressé. En ce qui concerne les catastrophes climatiques, le nombre des victimes est loin d’atteindre celui qui a été atteint lors des grandes catastrophes climatiques du 20ème siècle, avant le dérèglement climatique [7].
Même dans le domaine de la santé, une évolution s’est produite qui fait que les progrès médicaux ne sont pas autant confisqués par les grandes firmes occidentales de la santé comme c’était le cas au début de l’épidémie du SIDA par exemple. Contrairement à ce qui s’était passé alors, lors de l’épidémie du COVID 19, le séquençage du virus a été d’emblée considéré de fait comme un bien public, ce qui n’avait pas été le cas pour le virus du SIDA. La lutte pour que les connaissances dans le domaine de la santé soient considérées comme un bien commun se déroule dans un contexte plus favorable.
En ce qui concerne le changement climatique, c’est grâce aux progrès technologiques que les scientifiques ont prouvé les effets de l’utilisation des combustibles fossiles à l’échelle actuelle et rendue ainsi possible une réponse de l’humanité. Que les moyens de déceler le changement climatique, ses causes et d’y faire face existent, comme l’a montré le GIEC, n’en rend que plus insupportable le choix des Etats-Unis d’y faire obstacle. Ce qui a empêché la concrétisation de ces réponses depuis la signature de la Convention de Rio.
Les potentialités positives des progrès scientifiques et techniques ne sont pas prises en compte dans la note Au seuil d’un monde nouveau où perce au contraire une vision négative de ces progrès. C’est le cas lorsque l’analyse met sur le même plan « économie de guerre » et « économie extractiviste ». Ce n’est pas seulement l’exploitation des combustibles fossiles qui est ainsi condamnée, mais toute exploitation minière. Pourtant l’exploitation minière aide à satisfaire des besoins humains. Prenons le cas emblématique du tantale : on doit dénoncer les conditions inhumaines et de prédation dans lesquelles il est extrait au Congo, mais sans oublier qu’il sert à la fabrication d’instruments chirurgicaux, par exemple. Quant aux énergies renouvelables, que défend La France Insoumise, elles dépendent de « l’économie extractiviste ». Mettre sur le même plan de l’économie de guerre et de l’économie extractiviste, cela rappelle Heidegger qui voyait la même logique à l’œuvre dans les chambres à gaz d’Auschwitz et dans l’industrie agro-alimentaire.
On pourrait faire le même constat que Marx à propos des écrits de Proudhon [8] : pour mieux appréhender le mouvement du monde, il manque aux auteurs de la note la méthode dialectique, qui leur permettrait, sans doute, de percevoir la réalité dans ses contradictions.
On le voit, la philosophie qui irrigue le document pourrait se prêter à des débats passionnants et utiles, mais le plus important c’est peut-être ce qui n’est pas dans le document.
Première absence : il n’y a rien en matière de propositions internationales sur changement climatique, qu’il s’agisse de l’atténuation, de l’adaptation et de la réparation. Les scenarios du GIEC ne sont même pas évoqués.
Deuxième absence : aucune allusion aux Objectifs de développement durable de l’ONU. Pourtant, ces objectifs retenus par la communauté internationale qui peuvent donner un sens concret, en rapport avec les besoins humains, à la notion d’intérêt général humain. Selon Jean-Luc Mélenchon, « il n y a pas de projet mondial proposé aux peuples ». Or, ces objectifs adoptés par l’ONU représentent un projet d’ampleur pour les peuples et pour l’humanité dans son ensemble, sauf à considérer que ce sont des objectifs négligeables. Derrière l’absence de référence à ces objectifs, n’est-ce pas la notion même de développement qui est récusée implicitement ?
Troisième absence : celle de l’action pour le désarmement nucléaire. Elle n’est pas mentionnée dans le document et si elle est évoquée brièvement dans le discours de Jean-Luc Melenchon, c’est en ces termes : « Le désarmement doit commencer par les zones de guerre, donc le premier désarmement nucléaire à opérer est celui du Moyen Orient, en Israel ». Quelle que soit la condamnation que l’on doit émettre à l’encontre de la politique insensée d’Israel en ce domaine, considérer qu’il s’agit de la menace principale pour l’humanité ne tient pas. Cela évacue la nécessité de porter l’exigence de réduire les arsenaux nucléaires les plus puissants qui menacent le monde de destruction, avec comme conséquence potentielle l’hiver nucléaire que prévoient les scientifiques en cas de guerre nucléaire généralisée.
Renforcement du rôle de l’ONU (sans que soit évoquée l’idée de réforme), sortie de l’OTAN, sécurité collective à l’échelle du continent européen [9], coopération avec l’Inde et la Chine, tout cela est évoqué.
Le refus de participer à des « alliances militaires permanentes » est affirmé. Mais n’est-ce pas contradictoire avec ce passage : « Évidemment, la France participe à l’Union européenne et est ainsi solidaire de ses autres États membres en vertu de la clause d’assistance mutuelle prévue à l’article 42 du traité sur l’Union européenne. Il est désormais absolument prioritaire d’assurer que cette solidarité mutuelle couvre l’ensemble des territoires associés à l’Union européenne, afin de protéger par exemple le Groenland des velléités expansionnistes des États-Unis d’Amérique » ? N’y a-t-il pas là une « alliance militaire permanente » à caractère défensif ?
Il faut noter une évolution sur les BRICS : en 2024, intervenant à l’Institut La Boétie, Jean-Luc Mélenchon renvoyait dos à dos les BRICS et les Etats-Unis. Dans la note, les BRICS sont plutôt évoqués comme un espace de résistance. Cela n’empêche pas Jean-Luc Melenchon de se prononcer contre le multilatéralisme, au nom de la recherche d’un « monde ordonné ». Pourquoi faut-il opposer les deux ? Le multilatéralisme ne peut-il être une voie réaliste pour l’émergence d’un monde ordonné de façon plus juste ?
Avec l’Europe, la Méditerranée, l’Afrique, l’accent est mis sur deux notions :
- La francophonie qui est supposée fonder une politique nouvelle car « l’espace francophone, porteur d’une autre histoire et d’une autre vision que le monde anglo-américain ». Un « internationalisme francophone » est évoqué.
- De même pour la latinité (conçue comme englobant l’Amérique latine) : « Son unité profonde ne repose pas uniquement sur le fait de parler des langues appartenant à une même famille linguistique, mais sur une vision du monde qui a traversé les siècles depuis l’antique République romaine. De Rome les peuples latins ont hérité une conception civique de la nation reposant (…) sur un universalisme faisant de la citoyenneté un principe d’organisation collective au-delà des origines particulières. Il existe une osmose entre cet héritage philosophique latin et le nécessaire avènement du peuple humain ».
Dans les deux cas, francophonie et latinité, ce qui est avancé est outrageusement simplificateur. Et, au passage, Kant, Hegel, et Marx sont évacués de notre héritage philosophique.
A noter : dans le long développement sur l’Afrique, aucune allusion n’est faite à la guerre terrible menée par les organisations djihadistes contre les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger). Est-ce parce que cette guerre ne rentre pas dans le moule de l’analyse binaire qu’elle n’est pas évoquée ?
Par ailleurs, toujours s’agissant de l’Afrique, une proposition farfelue est émise : il est avancé que par « la Réunion et Mayotte, la France peut prétendre entrer dans l’Union africaine ». C’est oublier que l’Union africaine s’est toujours prononcée pour la restitution de Mayotte aux Comores [10].
Avec solennité, la conversion à la défense du droit international est présentée par Jean-Luc Mélenchon comme une évolution de sa pensée, qui serait le fruit d’une élaboration politique et théorique récente. Les jeunes peuvent le croire, mais les moins jeunes ont en tête qu’en 1991, lorsqu’il a soutenu comme sénateur la participation française à la 1ère guerre du Golfe, c’était au nom du respect du droit international [11]. Amnésie ?
On peut aussi constater ce qui ressemblerait à de l’amnésie à propos du G7. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon dénonce la prétention du G7 à diriger le monde. On ne peut que partager cela, bien que cela vienne un peu à contre-temps, puisque Trump ne s’embarrasse plus trop avec le G7 quand il proclame sans ambages aux autres membres « C’est moi le patron », lors du sommet de Versailles. Mais rappelons quand même que celui qui a contribué résolument à renforcer le G7, c’est le dirigeant politique que Jean-Luc Mélenchon a servi fidèlement et qu’il prend toujours comme modèle, François Mitterrand. Par exemple, que le G7 organisé en France, en 1982, se prononçait pour une « plus grande liberté des flux de biens, de services et de capitaux », et dans l’année suivante, sous l’égide du ministre de l’économie, Pierre Beregovoy, la libéralisation du marché des capitaux fut entreprise en France [12]. Lors du G7 suivant, en 1983, François Mitterrand, dont toute la carrière fut marquée par l’atlantisme, signait une déclaration dénonçant « les tentatives de diviser l’Occident » comme « vouées à l’échec » et affirmant le soutien des membres du G7 « aux déploiement prévus des systèmes américains à la fin de l’année 1983, les fusées Pershing », contre un puissant mouvement pacifiste en Allemagne, en France, en Italie, en Grande-Bretagne [13]. On pourrait multiplier les exemples en évoquant chacun des 14 sommets du G7 auxquels François Mitterrand a participé.
Quand Jean-Luc Mélenchon nous dit que « le mitterrandisme, était une vision de la France (…) Indépendance, souveraineté, refus de la vassalisation » [14], il refait l’histoire. En fait, le mitterrandisme c’était l’alignement total sur la politique de Ronald Reagan, puis de Georges Bush, et cette politique était soutenue avec ferveur par Jean-Luc Mélenchon.
Un dirigeant politique peut évoluer quant à ses positions, et les évolutions assumées nourrissent la réflexion politique. Là il ne s’agit pas de cela, il s’agit d’effacer des mémoires des positions politiques, de se faire passer pour un autre. Autrefois, on dénonçait la coutume stalinienne de gommer Trotski ou d’autres dirigeants de la révolution d’Octobre des photos où ils figuraient. Cette fois, ce ne sont plus les personnalités qui sont effacées mais leurs positions politiques.
L’obsession de la dénonciation du nucléaire civil a surgi lorsque Jean-Luc Mélenchon a évoqué la Méditerranée ( ! ) : « les centrales nucléaires ne peuvent plus être refroidies », avec une saillie méprisante pour les « les grands esprits qui avaient oublié tout ça dans cette affaire ». Quels sont ces grands esprits qui ont défendu le nucléaire civil et visés par ces propos ? Frédéric Joliot-Curie, à l’origine des premières expérimentation de piles nucléaires, Marcel Boiteux qui dirigea EDF-GDF nationalisé, Marcel Paul et les syndicalistes de l’énergie ? Non seulement Jean-Luc Mélenchon « oublie » que sans ces centrales la France émettrait davantage de gaz à effet de serre, que seule une petite partie du parc nucléaire a été mise à l’arrêt durant la canicule, mais il « oublie » aussi que la production des éoliennes s’effondre faute de vent par grande chaleur, voire du fait de mécanismes de sécurité, et qu’il y a besoin d’eau pour nettoyer régulièrement les panneaux photovoltaïques. Mais la vocation de l’Institut La Boétie n’est pas vraiment d’apporter des connaissances, elle est de conforter les certitudes anti-nucléaires des Insoumis.
Enfin, comment ne pas relever que dans son discours Jean-Luc Mélenchon se moque de « ceux qui exhibaient des tonnes d’ acier ou de béton » comme « symboles de progrès ». S’il se réfère aux plans soviétiques, il faut rappeler que sans ces tonnes d’acier, l’Allemagne nazie n’aurait pas été vaincue - il a fallu de l’acier, et beaucoup, pour produire lors des plans quinquennaux les char T 34 et le reste de l’armement de l’Armée rouge. S’il se réfère aux plans français de l’après-guerre, il faut rappeler que ces tonnes d’acier et de béton ont permis d’éliminer des logements insalubres, des baraquements de transit, des bidonvilles, de faire face à la croissance démographique. Tel était le sens de ces « tonnes d’acier ou de béton » pour ceux qui les produisaient. Et il en faudra aussi compter les tonnes de béton et d’acier liées aux investissement nécessaires pour aller vers la neutralité carbone en 2050, ou se protéger des aléas climatiques.
En complément : rectification de quelques erreurs
Les interventions de Jean-Luc Mélenchon sont truffées d’affirmations fantaisistes. Pourtant, le monde médiatique le présente souvent comme cultivé, avec une grande bienveillance pour les énormités qu’il profère. Persuadé qu’il a la science infuse et se prenant pour un grand penseur, Jean-Luc Mélenchon ne prend pas la peine de vérifier ce qui lui passe par la tête. Mieux vaut parfois un peu d’humilité et reconnaître qu’on ne sait pas tout. Souvent ses erreurs portent sur l’histoire et les jeunes qui l’adulent ne les perçoivent pas, comme lorsqu’il avait déclaré que les communistes ne s’étaient pas intéressés aux droits des femmes, faisant fi de l’amendement de Fernand Grenier qui a permis de faire adopter le vote des femmes en 1944 [15].
Relevons quelques nouvelles erreurs pour pallier aux faiblesses de l’institut de formation des Insoumis :
- A propos de la politique des Etats-Unis : « Cette politique interventionniste a trouvé son habillage idéologique dans la doctrine du « choc des civilisations » de Samuel Huntington ». C’est un contre-sens quant aux positions de Samuel Huntington, qui visait au contraire à freiner l’intervention des Etats-Unis en dehors de ce qu’il considérait comme la sphère civilisationnelle occidentale [16].
- S’agissant de la dette : « les créanciers sont souvent situés dans les pays du Nord tandis que les débiteurs sont localisés au Sud ». Or, le principal pays débiteur ce sont les Etats-Unis.
- Sur la relation Chine/Etats-Unis, Jean-Luc Mélenchon explique que les termes de la relations économique (qu’il résume ainsi : délocalisations de productions en Chine, achat de bons du trésor par la Chine) ont été établis en 1972, lors de la rencontre Mao/Nixon. C’est une contre-vérité. La relation qui a été établie alors était politique et diplomatique. Ce n’est qu’avec la politique d’ouverture économique de Deng Xiao Ping que les choses ont commencé à changer au plan économique, au début des années 80.
- A propos de la francophonie, Jean-Luc Mélenchon présente Thomas Sankara comme ayant déclaré qu’elle était une « prise de guerre ». Il s’agit d’une confusion, c’est Kateb Yacine qui déclara que la langue française était « un butin de guerre » pour l’Algérie.
[1] Proposition nichée dans la partie consacrée à l’Inde.
[2] Selon le WWF.
[3] Les rythmes biologiques, tout le monde comprend, mais je n’ai pas trouvé ce qu’on entendait par « rythmes biophysiques ».
[4] Signalons qu’il présente les Etats-Unis comme une « projection de la noirceur bureaucratique de l’URSS ».
[5] Par exemple, le déroulement de la crise des missiles à Cuba, lorsque des sous-marins avec des ogives nucléaires ont été un temps sans communication et où l’on doit à Vassili Arkhipov d’avoir évité qu’un tir ne déclenche l’escalade fatale ; la fausse alerte de 1983 sur les radars soviétiques où la lucidité de Stanislas Petrov évita aussi l’escalade, etc. Et durant la guerre de Corée, Truman s’inquiéta que le général Mc Arthur qui commandait les forces occidentales ne déclenche de lui-même le feu nucléaire. On a bien frôlé à de nombreuses reprises le déclenchement d’une guerre nucléaire généralisée.
[6] Voir aussi sur le site : https://unstats.un.org/sdgs/report/2025/Goal-01/
[7] En 1931, en Chine, les inondations dans le bassin du Yang-Tse-Kiang firent 4 millions de morts. Plus près de nous, en 1970 le cyclone de Bola fit 300 000 à 500 000 morts au Bangladesh.
[8] Dans l’ouvrage Misère de la philosophie.
[9] A propos de l’Ukraine, Jean-Luc Mélenchon évoque la nécessité d’un vote des populations concernées avant tout changement territorial. Et au-delà des régions que prétend conquérir la Russie, il évoque cette possibilité pour des régions susceptibles d’être revendiquées par la Pologne ou la Hongrie. Pourquoi évoquer quelque chose que ni la Pologne, ni la Hongrie n’ont posé ? Il s’agit peut-être d’une disgression non maitrisée. Relevons aussi que la guerre en Ukraine est évoquée froidement et rapidement, alors qu’elle a déjà fait 500.000 morts, et plus de 2 millions de victimes au total.
[10] Tout comme celle des Iles Eparses à Madagascar, que le programme de LFI considère comme de souveraineté française. Lire sur ce sujet l’article :
https://lafauteadiderot.net/Iles-Eparses-Emmanuel-Macron-et-Jean-Luc-Melenchon-contre-Madagascar
[11] A l’époque le ministre de la défense, Jean-Pierre Chevénement, n’avais pas hésité à démissionner pour marquer son désaccord.
[12] Du fait du rôle moteur de la France et de Jacques Delors au niveau européen dans la libéralisation des marchés, l’économiste Rawi Abdelal considère qu’il faudrait parler à ce propos de « consensus de Paris » plutôt que de « consensus de Washington ».
[13] Dans la note, les positions occidentales lors de la guerre de Yougoslavie, qui débute en 1992, sont considérées comme la première manifestation du refus occidental d’un monde plus équilibré. Relevons qu’il y avait alors alignement entre François Mitterrand, l’Allemagne et les Etats-Unis.
[14] Sur le blog de Jean-Luc Mélenchon, le 7 janvier 20026. Mélenchon écrit dans le même texte qu’il a découvert très tardivement les positions de Mitterrand sur l’Algérie. Ce n’est vraiment pas crédible. Tout le monde dans les années 1960 connaissait ces positions. Le choix du PCF de présenter François Mitterrand comme candidat commun de la gauche à l’élection présidentielle de 1965 était même contesté pour cette raison par les organisations trotskistes qui rappelaient les positions colonialistes de François Mitterrand.
[15] Lors d’une conférence donnée à l’Institut La Boétie, le 30 janvier 2024.
[16] La doctrine Monroe n’est pas évoquée dans le document.