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Drôle de juste, La maîtresse italienne, de Jean-Marie Rouart
Le conseil de lecture de Philippe Lacoche

Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, nous donne à lire deux livres : Drôle de justice, chez Albin Michel, et La maîtresse italienne, chez folio. Dans le premier, il nous confie, de deux manières fort différentes et réussies, son point de vue sur un sujet qui le passionne : le fonctionnement de la justice. (On se souvient qu’il avait publié, en 2001, un remarquable essai, Omar, la construction d’un coupable, aux éditions De Fallois, à propos de la célèbre affaire Omar Raddad. « De manière compulsive, j’avais toujours écrit sur la justice », écrit-il dans l’introduction du présent ouvrage. « Une passion qui frisait l’obsession. De plus, il existait un étrange lien entre mes fictions et mon existence, car loin d’avoir connu la justice sous forme platonique, je l’avais approchées de près comme journaliste, et même de plus près encore comme inculpé et condamné dans une fameuse affaire judiciaire, celle d’Omar Raddad. » Voilà qui est dit, et même magnifiquement dit.)

L’opus se déploie en deux temps : un premier sous la forme d’un essai, d’une profonde réflexion, « Justice, ma cruelle illusion », sur l’objet de sa passion ; un second, sous la forme d’une pièce de théâtre éponyme en trois actes, une manière de tragi-comédie judiciaire qu’on rêverait de voir montée tant elle est à la fois puissante, hilarante et, au final, dramatique. Dans le premier volet, il revient notamment sur l’affaire Gabrielle Russier ; en juin 1969, « une jeune femme, professeur à Marseille, venait d’être inculpée pour détournement de mineur. Agée de trente ans, elle avait entretenu une liaison avec l’un de ses élèves âgé de seize ans. » Un peu plus loin, habillement, il cite Colette qui, avec Le blé en herbe, « donne ses lettres de noblesse au détournement de mineur ». Il en profite, avec une voluptueuse façon, pour développer son amour à l’endroit de la littérature, cette reine de la liberté qui brise les barreaux de toutes nos prisons : « C’est ainsi que nous trouvons refuge dans la littérature : le seul asile qui puisse nous aider à affronter ce qui nous apparaît comme une dictature sociale, qu’elle touche à la politique ou à nos mœurs : une croyance dans un ordre inverse, tout différents, qui n’humilie pas nos vœux secrets, mais les respecte. » Comme il est indiqué en quatrième de couverture, « Rouart a mal à notre justice. D’abord bien sûr à celle qui se trompe de coupable et qui se satisfait de ses erreurs. Mais aussi cette justice qui ferme les yeux sur les turpitudes du pouvoir au point de s’en rendre complice. » Ces mêmes questions graves, on les retrouve dans la pièce éponyme ; l’auteur les traite sur le ton léger du vaudeville. C’est aussi ce qui fait son charme et sa force. L’action se passe dans la belle résidence secondaire d’un président de tribunal. A ses côtés, son épouse, Eugénie, jolie dame peu farouche, férue de psychanalyse ; ses deux enfants, Pierre, bambocheur, et Virginie, « un pois chiche à la place du cerveau » ; Roman Popovitch, 25 ans, beau comme un dieu serbe, SDF yougoslave recueillie par l’épouse ; un commissaire breton, compétent mais très prudent. Un policier, oui, car un drame s’est produit. Un terrible drame.

Dans le second livre, Jean-Marie Rouart évoque son autre passion : Napoléon. Nous suivons ce dernier sur l’île d’Elbe où il s’ennuie ferme. Neil Campbell, jeune colonel, est missionné par les Anglais pour le surveiller et éviter son évasion. Mais Neil tombe éperdument amoureux de la jeune et belle comtesse Miniaci ce qui le conduit à relâcher son attention. Aurait-elle joué un rôle dans l’évasion du grand homme ? Mystère… « Est-elle seulement une jolie femme qui couche pour son seul plaisir ou une intrigante manipulée par une des puissances en présence ? », s’interroge Jean-Marie Rouart. « La tentation, étant donné l’importance de cette liaison avec le colonel Campbell et son enjeu historique de première grandeur, pourrait nous inciter à penser qu‘elle n’a pas agi sans arrière-pensée politique. Elle a un incontestable coté Mata Hari. Mais en l‘absence de preuves ou de documents probants, je n‘ai rien voulu exclure. »

Avec ce beau texte haletant, il dresse une galerie de portraits remarquables de précision : celui, finement tissé, de Talleyrand, celui, assez piquant de Louis XVIII, ou celui d’une exquise sensualité et tout en érotisme de Pauline Bonaparte. Ici encore, plaisir inouï de lecture grâce à Jean-Marie Rouart, écrivain de haut vol.

Drôle de justice, Jean-Marie Rouart, Albin Michel ; 172 p. ;14 €.
_ La maîtresse italienne, Jean-Marie Rouart ; folio ; 198 p. ; 8,60 €.


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