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Eichmann : respecter l’histoire
Par Eric Le Lann

Le chef des Insoumis a donc comparé le président de l’Université de Lille à Eichmann pour avoir empêché la tenue dans cette université d’un meeting auquel il devait participer. Eichmann, l’un des principaux organisateurs de l’extermination des juifs d’Europe.

Cette comparaison est évidement grotesque [1]. Mais elle est aussi dangereuse. Elle participe à la destruction des repères, et à la banalisation de ce qu’est vraiment le nazisme. Si partout où on interdit un meeting c’est le nazisme qui est à l’œuvre, les mots ne veulent plus rien dire. Or le nazisme, ce n’est pas l’interdiction d’un meeting, chose courante dans l’histoire et dans le monde. Le nazisme c’est ce qui est à l’origine des 60 millions de morts de la Seconde Guerre mondiale : l’idée qu’il y a d’un côté une ou des races supérieures, de l’autre des sous-hommes à réduire en esclavage ou à exterminer.

En cherchant à se justifier après-coup, le chef des Insoumis a franchi un cran dans le piétinement de l’histoire. Il a appelé à la rescousse Hannah Arendt, la théoricienne du totalitarisme. Pour justifier ses théories, Hannah Arendt s’était évertuée contre toute évidence à décrire Eichmann comme un pâle bureaucrate qui s’était contenté d’obéir aux ordres. Cette thèse n’est défendue par aucun historien sérieux depuis des lustres. Pour se faire une idée des falsifications opérées par Arendt on pourra lire le chapitre « Eichmann à Jérusalem » du livre d’Emmanuel Faye « Arendt et Heidegger » (Albin Michel). Citons seulement ces paroles d’Eichmann lui-même : « Je sauterai dans ma tombe en riant, car c’est une satisfaction extraordinaire pour moi que d’avoir sur la conscience la mort de cinq millions de Juifs ». Ou encore celles qu’Eichmann a prononcé dans entretien avec le journaliste Willow Sassen, dans les années 1950, en parlant de lui-même : « A ce bureaucrate prudent s’était adjoint un combattant fanatisé pour la liberté de mon sang ». On peut aussi se reporter au livre de Claude Lanzmann Le dernier des injustes, avec le témoignage de Benjamin Murmelstein, ou à la biographie de David Cesarani (Adolf Eichmann, collection Texto).

Plus personne ne reprenait les fadaises d’Arendt sur Eichmann, mais le chef des Insoumis les ressuscite.

Le chef des Insoumis est coutumier des élucubrations fantaisistes [2] ou des insultes. A chaque fois, on n’imagine pas qu’il va franchir un cran supplémentaire dans la bêtise ou dans l’ignoble. Le problème ce n’est pas seulement lui, ce sont les dirigeants politiques de son équipe qui font concurrence de flagornerie à son égard et ainsi l’encouragent. Du coup, au lieu de corriger le tir ou de s’excuser quand il le faut, il s’enfonce, il suit son naturel. Le dernier exemple en date de flagornerie nous a été fourni par la députée européenne Manon Aubry qui a déclaré sérieusement sur l’antenne de RTL le 12 avril : « Beaucoup de pays nous envient et aimeraient bien avoir un Mélenchon » !

En France comme dans les autres pays, il n’y a aucune chance de reconstruire l’espoir avec des gens qui pratiquent le décervelage sur l’histoire.

22 avril 2024

Notes :

[1Il y a un précédent dans le genre, Daniel Cohn-Bendit en 1968 qui avait accusé de nazisme le ministre des Sports, Missofe, parce que celui-ci lui conseillait de prendre un bain dans la piscine qu’il inaugurait à l’Université de Nanterre pour calmer ses ardeurs sexuelles.

[2Sur l’énergie, encore récemment, le chef des Insoumis a été expliquer aux Congolais de la RDC qu’il leur fallait compter non pas sur le barrage qu’ils construisent sur le fleuve Congo, mais sur l’énergie de la mer. Le Congo n’a que 40 km de façade maritime ! Voir la vidéo de Maxime Amblard « Un ingénieur répond à Mélenchon ».


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