Il faut absolument aller voir le film “L’Abandon”. Tout d’abord, bien sûr, parce qu’il est inspiré par une réelle tragédie qui a bouleversé la France : l’assassinat du professeur Samuel Paty, le 16 octobre 2020 à la sortie de son collège. Mais ensuite, parce qu’il pose le problème du mensonge et de l’affabulation qui peuvent avoir des conséquences mortelles. Il montre également les impitoyables engrenages qui sont enclenchés par les réseaux sociaux et que l’on ne peut plus arrêter jusqu’au pire…
Trois excellentes raisons d’aller voir le film réalisé par Vincent Garenq, avec la collaboration de Mickaëlle Paty, la soeur de la victime.
Avec sobriété et en essayant d’être au plus près de la réalité de ce qu’il s’est passé les derniers jours avant la tragédie, les images montrent tout d’abord la vie dans un collège de la Région parisienne avec le train-train quotidien. Peu à peu, le drame va se nouer : le cours d’Histoire où Samuel Paty explique aux élèves ce qu’est la liberté d’expression dans notre République libre et laïque. Il projette des images de caricatures publiées dans l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo (qui, rappelons-le, avait été victime, en 2015 à Paris, d’un horrible attentat commis par des fanatiques religieux) ; auparavant, il a proposé aux jeunes que cela pourrait choquer, de sortir quelques instants pour ne pas voir ces dessins, sans obligation. Tout se passe bien. Mais par la suite, une collégienne, un peu excessive, rebelle et mal dans sa peau qui n’était pas présente à ce cours, va raconter à son père qu’elle a été mise dehors à cause de sa religion.
Cette jeune fille ment et affabule, sans doute pour ne pas décevoir ses parents (car elle a eu de nombreuses remarques pour ses attitudes et risquait déjà une exclusion temporaire) ; elle invente et déforme des faits qui n’ont pas eu lieu. Son père, intransigeant, croit tout ce que dit sa fille et veut la défendre à tout prix. Il alerte un responsable religieux et tous deux vont faire beaucoup de bruit, en criant au scandale.
C’est là que le terrible filet des réseaux sociaux entre en jeu : Internet diffuse d’innombrables messages de soutien à la prétendue victime et de révolte contre des faits qui n’ont pas eu lieu. Personne ne maîtrise plus rien, en premier lieu la dénonciatrice qui ne veut jamais se dédire. Le faux message arrive sur le portable d’un fanatique, qui va accomplir l’inacceptable et terrible acte de décapitation du malheureux enseignant.
Pas de doute, ce film fait réfléchir. On y voit les lenteurs du système administratif et les lâchetés de personnes qui ne sont pas solidaires avec leur camarade enseignant.
Un film à montrer aux jeunes, pour qu’ils réfléchissent sur la liberté d’expression (« Même si je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, je me battrais pour que vous puissiez le dire » , a écrit Voltaire), pour qu’ils mesurent les conséquences graves que peut avoir un mensonge obstiné et diffamatoire (pendant l’Occupation allemande, des Français ont été tués sur des fausses dénonciations de collaboration terroriste ou de résistance), pour qu’ils voient aussi le grave danger que peuvent représenter les réseaux sociaux en colportant de fausses informations à des milliers de personnes. Ils peuvent retenir aussi une belle phrase exprimée dans le film : « Aucune religion ne peut inciter à tuer quelqu’un. »