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La conférence de Paris en 1919 : les impérialismes face aux révolutions
Par Philippe Pivion

La guerre de 14/18 laisse la France épuisée, mais, avec ses alliés, l’Angleterre, l’Italie, le Japon et les Etats-Unis, elle est vainqueur. Les dégâts sont considérables : des millions d’hectares de terres agricoles inexploitables, l’industrie et les mines du Nord détruites, un million et demi de morts, des millions de blessés, des invalides à foison. La victoire a un goût de cendres. Le président américain Wilson, dès janvier 18, a énoncé 14 propositions pour mettre fin au conflit et assoir une paix durable. Ces préceptes semblent frappés du sceau du bon sens et de la justice, personne n’est en situation de les rejeter.

Une conférence de la paix est décidée, elle se tiendra à Paris à partir du 18 janvier 1919. Le traité de paix sera signé à Versailles. Il n’y a pas de hasard. Clemenceau impose Versailles, car c’est là que la paix de 1871 est signée par Thiers dans la galerie des glaces. C’est aussi dans ce château que le 18 janvier 1871 Guillaume 1er a été sacré empereur d’Allemagne. Il faut laver ces affronts ! Il est prévu d’autres traités de paix avec l’Autriche, la Hongrie, la Bulgarie et la Turquie.

La Russie est absente. La révolution bolchevique de 1917 est une épine dans le pied des vainqueurs. Au lieu d’associer le pouvoir des soviets à une paix générale, on lui fait la guerre, les vainqueurs expédient armes, troupes et soutiennent à bout de bras les armées blanches.

En France, les luttes sociales gagnent du terrain après cinq années d’étouffement. En Angleterre aussi, en Allemagne, c’est la révolution spartakiste, qui tente d’imposer les soviets. Du côté des alliés, la peur domine. Partout, l’armée intervient pour écraser les révolutions en cours. La conférence de la paix, chargée de rédiger les clauses des traités ne va pas y aller avec le dos de la cuillère ! On n’invite pas l’Allemagne aux négociations !

En parlant de 14/18, certains évoquent une guerre de circonstance, un mécanisme infernal lié à des accords en cascades. N’est ce que cela ? C’est un peu court. Le capitalisme allemand veut gagner en Europe la place que les autres impérialismes lui refusent ailleurs. Les Krupp et consorts exigent des débouchés, le besoin d’acier est immense, et les frontières sont autant de barrières économiques. C’est une guerre impérialiste de domination. Fatalement, la paix débouchera sur des réponses impérialistes.

On dépèce l’Allemagne. Ses colonies sont avalées avec voracité par les Anglais, les Français et les Japonais. L’Italie va être flouée… La France exige la restitution de l’Alsace Lorraine, c’est un des points de Wilson. La Prusse est à l’origine des principes conquérants et guerriers, on crée la Pologne en partie sur ce territoire. La France demande la Sarre, la Rhénanie au titre de dédommagements. Ça coince… Sous prétexte (juste) de ne pas faire des Alsace-Lorraine à l’envers, l’Angleterre met des bâtons dans les roues de Clemenceau. Au fond, cette dernière refuse une France en situation de dominer l’Europe. Elle préfère une Allemagne amoindrie, mais pas trop, et une France faible économiquement.

La conférence n’en reste pas là. Elle examine chaque partie du globe pour reconfigurer les pays, créer de nouvelles nations. Sauf en Amérique, chasse gardée des États-Unis depuis la doctrine Monroe. Wilson avait annoncé urbi et orbi que les peuples décideraient de leur sort… Mais voilà, on ne peut demander à des gens sans expérience d’administrer leur pays, donc, on remodèle l’Afrique sans discussion, on tripatouille au Moyen-Orient, et je te file la Syrie, tu prends la Mésopotamie (Irak). La Palestine, des sionistes la demandent, pourquoi pas ? On l’avait promise au Hedjaz, tant pis…Les Kurdes et les Arméniens demandent l’autonomie ? Pas question, ils tomberaient illico dans l’escarcelle des Soviétiques… Le Japon, ah, il demande une clause d’égalité raciale dans le préambule de la SDN. Pas question ! Bon on lui donne une partie de la Chine… Les beaux principes sont bafoués, une partie de Monopoly géante est engagée, les peuples assommés.

Le traité de Versailles est signé le 28 juin, l’Allemagne n’a pas à dire son mot, pire les réparations de guerre qu’elle doit accepter, ne sont pas encore quantifiées. On parle de milliers de milliards … Alors que les peuples croyaient à une libération, que les colonies escomptaient les prémices d’autre chose qui n’est pas encore nommée indépendance, c’est un joug renforcé qui leur tombe dessus. Le traité de Versailles et les suivants, ne préparent rien d’autre qu’une guerre, à l’échelle du désastre de ses clauses.

Texte paru dans l’Humanité
https://www.humanite.fr/la-conferen...

Document à lire sur le site : l’éditorial de Daniel Renoult dans l’Humanité du 24 juin 1919.


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